Abonnés

Affichage des articles dont le libellé est Littérature canadienne. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Littérature canadienne. Afficher tous les articles

Sans issue ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Joy Fielding 











Que cache la Carlyle Terrace, cette impasse bordée de cinq maisons identiques, occupées par des familles en apparence calmes ? Pourtant un soir, des coups de feu éclatent, rompant l’apparente placidité de la vie banale et ordinaire d’un quartier plutôt favorisé. 


L’auteur nous propose alors un flash-back et nous invite à découvrir ce qui reste habituellement abrité par les façades et les fenêtres closes : une grand-mère fragile et son petit-fils qui s’engage sur des voies dangereuses, une femme battue, un couple vampirisé par la belle-mère, un chômeur menteur, une épouse paranoïaque…Tous peuvent se trouver des raisons de recourir aux armes à feu qui ne manquent dans aucune maison. 


C’est avec angoisse et curiosité que l’on découvre peu à peu des aspects cachés de chaque famille, et l’état d’équilibre fragile des situations. Beaucoup de suspense, d’interrogations, de certitudes vite récusées, rendent la lecture addictive et difficile à lâcher. 


L’autrice ne manque pas de fustiger indirectement l’omniprésence des armes à feu, danger potentiel permanent qui peut à tout instant déclencher des drames et faire d’un citoyen lambda un criminel avéré. Sans oublier la violence conjugale, d'autant plus pernicieuse, que les apparences et le statu social ne suscitent pas les soupçons. 


Dans la lignée des romans de Liane Moriarty, ce roman étudie un microcosme ordinaire, prêt à imploser à la moindre étincelle.


Une belle réussite que ce thriller psychologique,  pour lequel je remercie Babelio et les éditions Michel Lafon.


380 pages Michel Lafon 9 juin 2022   Masse critique Babelio 






C'est une rue très tranquille en temps normal. Petite, sobre, typique de la classe moyenne. Pas le genre d'endroit qu'on associe habituellement aux affreux événements de cette chaude nuit d'été. Interrogez n'importe quel habitant et il vous dira qu'aucun de ses voisins ne semble capable de commettre un acte aussi atroce et impitoyable.


*


Maggie sait que l'homme est là avant de le voir. Elle le sent qui marche vers son lit, l'air s’ouvrant devant lui comme une paire de rideaux. Il reste penché au-dessus d'elle pendant quelques longues secondes, ses yeux pénétrant l'obscurité comme s’il attendait qu'elle se réveille. Elle ne lui donnera pas cette satisfaction, décide-t-elle, gardant les yeux résolument fermé, même quand elle sent qu'il écarte les couvertures et se glisse dans le lit à côté d’elle.


*


Joy Fielding



Joy Fielding est une autrice canadienne, née en 1945. Elle s’est imposée comme un maître du thriller psychologique



. 


Lorsque le dernier arbre ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Michael Christie 




  • Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel (18 août 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 608 pages
  • Traduction (Anglais) : Sarah Gurcel









C’est sur plus d’un siècle que s’étend le roman Lorsque le dernier arbre, sur plus d’un siècle d’abattage intensif des ressources sylvestres, synonymes de profit immédiat. 


Lorsque l’on fait la connaissance de Jake, guide sur un îlot encore partiellement boisé de magnifiques pins d’Oregon très anciens, la menace se fait de plus en plus évidente, l’homme a eu la main trop lourde et les dégâts n’en finissent pas de se manifester comme une punition, une ardoise à payer de plus en plus sévère.


A partir de  Jake, le temps se prend à défiler à l’envers, la génération précédente  puis  de chapitre en chapitre, on est convié à l’exploration de la famille  jusqu’au couple improbable à l’origine de la lignée.


Les présentations à rebours étant faites, la machine à voyager dans le temps reprend son sens habituel et l’on revivra chaque époque pour compléter l’histoire.


En toile de fond, ces forêts, que certains détruisent quand d’autres tentent de les protéger, sont des personnages à part entières, avec qui l’on souffre lorsqu’ils sont mis à mal, et ce d’autant que nous le devons l’air pur nécessaire à notre survie.



Formidable saga écologique, que l’on déchiffre comme on lit le destin d’un arbre sur les lignes que révèlent sa coupe, c’est aussi un hymne à la nature, et une fresque historique grandiose. 



Un grand moment de lecture .




Pourquoi est-ce que les riches veulent toujours racheter aux pauvres les rares choses qu'ils leur ont laissées ? Est-ce pour leur rappeler que rien n' est vraiment à eux, jamais ?

*

Sans les journaux et le papier, Greenwood Timber aurait déjà sombré. Harris fournit tous les périodiques canadiens et la moitié de l'édition américaine. Mais il sera bientôt obligé de réduire en pâte à papier des arbres qui, jadis, auraient servi de colonne vertébrale à des palais, ce qui, pour un homme du métier, revient à faire des saucisses avec un filet de choix. Tout ça pour que les gens puissent faire leurs mots croisés d'idiots et lire des romans de gare.

*

Harris aime la poésie, c'est pour cette façon qu'elle a de "prendre" dans sa tête comme du ciment, contrairement aux éphémères feux d'artifice des romans 
qui disent d'interminables histoires sur des familles et des gens qu'il ne connaîtra jamais.


*

Il sait que les arbres utilisent souvent les oiseaux et les écureuils pour répandre à leurs graines, et aussi toutes sortes de choses qui volent au loin, comme les hélices et les bourres de coton. C'est ainsi que fonctionne une bonne partie de la Création : les êtres vivants envoient des versions  d'eux-mêmes dans le grand mystère du futur.

*

Que sont les familles, sinon des fictions ? Des histoires qu'on raconte sur certaines personnes pour certaines raisons ? Comme toutes les histoires, les familles n'existent pas, elles sont inventées, bricolées avec de l'amour et des mensonges et rien d'autre.






Michael Christie est un écrivain canadien. 

Le premier recueil d'histoires, "Le jardin du mendiant" ("The Beggar's Garden") figurait parmi les finalistes du Prix Scotiabank Giller 2011 et parmi les finalistes du Rogers Writers' Trust Fiction Prize 2011.

Il revient en 2021 avec "Lorsque le dernier arbre", lauréat du Arthur Ellis Award for Best Novel. 


Une voisine encombrante ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Shari Lapena



  • Éditeur ‏ : ‎ Presses de la Cité (12 mai 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 320 pages
  • Traduction (Anglais) Valérie Le Plouhinec 
#Unevoisineencombrante #NetGalleyFrance






Un quartier résidentiel tranquille, les voisins se connaissent bien, se reçoivent autour d’un verre ou pour un club de lecture. Mais avec l’arrivée d’un couple qui pourrait faire la une d’un magazine branché, quelque chose se brise dans le train-train de la vie quotidienne. Et puis les ados sèment la zizanie, entre Raleigh qui s’introduit en douce dans les maisons et Adam qui rentre ivre mort tous les soirs…La coupe déborde lorsque la sulfureuse voisine disparait, et que l’on retrouve son corps au fond d’un lac. 


Pour Webb et Moen, les policiers chargés de l’enquête, il faudra faire le tri et isoler le faux du vrai dans le tissu de mensonges que les témoins élaborent pour se protéger, eux et leurs proches…


Une voisine encombrante appartient clairement au genre thriller domestique. L’ambiance évoque beaucoup la série Desperate housewives : la communauté de voisins apparemment sans histoires est en fait un repaire de meurtriers !


La suspicion évolue avec les aveux à demi-mots et on devine un peu avant la fin le noeud de l’histoire. Polar très vite lu, et apprécié. 


Je remercie Netgalley et les éditions Presses de la cité.







Shari Lapena est une romancière canadienne.

Elle a travaillé comme avocate et professeure d'anglais avant de se consacrer à l'écriture. En 2008, elle a publié son premier roman, "Things Go Flying", finaliste pour le Sunburst Award 2009.

Best-seller en Grande-Bretagne et aux États-Unis, "Le couple d'à côté" ("The Couple Next Door", 2016) est son troisième roman et le premier thriller.  (Source : Babelio)

Anne La maison aux pignons verts ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Lucy Maud Montgomery




 

  • Éditeur : Québec Amérique (6 avril 2007)
  • Langue : Français
  • Broché : 374 pages
  • Traduction (Anglais) : Henri-Dominique Paratte








Un seul regret à l’issue de cette lecture : ne pas avoir fait connaissance d’Anne avec un e, quelques décennies plutôt. Elle aurait rejoint sur les étagères une autre héroïne qui lui ressemble,, Rebecca du ruisseau ensoleillé, elle aussi envoyée en pension chez deux vieilles tantes acariâtres et qui ne savent s’y prendre avec une enfant aussi fantasque.


Anne avec un e m’a accordé une fausse de fraicheur et de candeur, nécessaire en raison de la morosité ambiante dans la littérature qui très souvent puise ses sources d’inspiration dans les malheurs inhérents à notre humanité.


Anne a onze ans, elle est orpheline et a déjà connu de nombreuses familles dites d’accueil, mais qui ont plutôt apprécié la présence d’une main d’oeuvre avantageuse. C’est à la suite d’une erreur qu’elle se retourne chez Marilla et Matthew, deux frère et soeur qui auraient souhaité un garçon pour leur venir en aide à la ferme. Le charme d’Anne opère rapidement sur Matthew. L’enfant pourra donc rester dans cette maison qu’elle égaiera par sa spontanéité et son imagination débordante.


Même si les méthodes éducatives témoignent d’une autre époque, elles restent bienveillantes, et on ne retrouvee pas les châtiments corporels d’une comtesse de Ségur.



Les paysages sont décrits avec grâce au fil des saisons, que la fillette apprécie et pour lesquels elle ne manque pas de rendre grâce. 



C’est aussi le portrait d’une fillette volontaire, qui sait défendre ses convictions, et que son imagination n’empêche pas de réfléchir avec beaucoup sens critique. Elle préfigure une génération de femmes qui revendiquera un statut équivalent à celui des hommes. Remarquable pour un ouvrage paru initialement en 1908. Une belle héroïne.



Belle découverte. 



Madame Rachel Lynde habitait à l'endroit précis où la grand-route d'Avonlea plongeait brusquement dans le creux d'un vallon bordé d'aunes et de fuchsias et traversé d'un ruisseau qui prenait sa source dans le bois, en araire de la vieille maison Cuthbert. On disait que ce ruisseau impétueux serpentait à travers le bois par un mystérieux dédale de méandres, de cuvettes et de cascades, mais, une fois arrivé à Lynde's Hollow , il se transformait  en un ruisselet paisible parfaitement discipliné, car même un ruisseau n'aurait pu passer devant la porte de Madame Rachel Lynde sans soigner son apparence et ses bonnes manières.

*

Je n'ai vraiment pas de chance, pauvre de moi, soupira plaintivement Anne. Non seulement je me mets toujours dans des situations impossibles mais j'y entraîne, en plus, mes meilleurs amies, les personnes pour qui j'irais jusqu'à me saigner les veines. Oh, Madame Lynde pouvez-vous m'expliquer pourquoi cela m'arrive aussi souvent ? 

*

Comment ne pas se sentir la gorge serré à l'évocation de ces étendues idylliques où elle aurait encore pu s'ébattre, de la profusion de pois de senteur dans le jardin, de la lune éclairant tendrement le verger, du ruisseau murmurant au pied de la pente douce, des touffes d'épinette bercée par le vent, et de cette étoile particulière, la lumière de chez Diana, émergeant des arbres et du ciel, constellée comme une indéfectible présence ?




Lucy Maud Montgomery ( – ) est une romancière, poète et essayiste canadienne principalement connue pour sa série de romans débutée en 1908 par Anne... la maison aux pignons verts. Le livre rencontre un succès immédiat. Anne Shirley, jeune orpheline, apporte la célébrité à Montgomery de son vivant et lui attire un lectorat international.





Dracula Les origines

Dacre Stoker 
J.D Barker








  • Broché: 538 pages
  • Editeur : Michel Lafon (18 octobre 2018)
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Eric Betsch















A partir des notes de Bram Stoker, le célèbre auteur du célèbre Dracula, son arrière petit-neveu, aidé d’un spécialiste  de la littérature fantastique , se propose de nous restituer les prémisses du roman, dont les 102 premiers pages avaient été récusées par l’éditeur. 

Je reviendrai sur le roman après avoir évoqué l’ouvrage initial, le Dracula de Bram Stoker, oeuvre mythique, construite sous forme d’échanges épistolaires, et qui rapporte l’enquête obstinée d’un professeur de ce que l’on appellerait de nos jours neurosciences, passionné également d’explorations de phénomènes paranormaux. Sur les traces d’un être malfaisant, aidée de leurs victimes, Jonathan Harker et sa fiancée, l’équipe va se confronter au comte Dracul, qui , non content de vider ses proies de leur sang, répand l’aberration  comme une épidémie.
Ce roman là est passionnant, et transmet l’angoisse à travers celle éprouvée par les personnages. Quelques scènes montrent le monstre en action, mais la terreur est presque plus prégnante quand il est proche mais non visible. 

Dans le roman de Drace Stoker, le ton est beaucoup plus direct, customisée à la sauce des films d’horreur contemporain : ça grouille, ça suinte, ça pue. Les larves de tout acabit accompagnent les cadavres. C’est un premier écueil.

Quant à l’articulation avec le roman du grand-oncle, elle est peu claire. Le seul personnage commun est celui de la comtesse  citée rapidement dans les premières pages du Dracula original. Et le personnage principal est Bram Stoker lui-même , qui nous conte son enfance par l’intermédiaire d’un journal. On est également informé de l’évolution des événements par la correspondance d’autres personnages, un peu comme dans le roman original. 
L’histoire  est construite sur la recherche de celle qui fut la nourrice de Bram, et qui le sauva d’une mort quasi-certaine en utilisant un remède très personnel et non homologué par la faculté de médecine. Curieusement, même si c’est vaguement expliqué , le jeune Bram ne contracte pas la malédiction.

L’histoire est agitée, les déplacements nombreux entre l’Irlande et la Transsylvanie, et le tout un peu confus.


Cela reste une lecture intéressante, mais n’apporte rien à l’ouvrage princeps, relu à cette occasion,  que je préfère tant sur le fonds que sur la forme.

Merci à Babelio et aux éditions Michel Lafon pour leur confiance





La servante écarlate

Margaret Atwood








  • Broché: 518 pages
  • Editeur : Robert Laffont (6 janvier 2005)
  • Collection : PAVILLONS POCHE
  • Existe en version numérique 
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Sylviane Rue
  • ISBN-10: 2221103769
  • ISBN-13: 978-2221103760







Elles avancent à pas contrôlés, deux par deux le visage dissimulé par un auvent infâme,  déshumanisant, elles qui sont destinées à porter la descendance des élites infertiles. Peu de mots entre elles, la délation menace de mille façons, les cérémonies expiatoires ont valeur d’avertissement et nul ne peut prétendre résister à la torture ( le suicide est la seule prévention pur garantir sa loyauté).

Dans cet univers carcéral, étriqué, au moins pour les Servantes, Defred se livre, envahie par d’innombrables questions (que sont devenus Luke et leur fille, quelle fuite possible, qui l’a précédée dans cette cellule aseptisée dont elle ne sort que pour le rituel du ravitaillement, où est Moïra?). 
L’attente est perpétuelle, celle de la fécondation par le Commandant, celle des informations volées au risque de se perdre, celle du temps qui passe sans repères.

L’atmosphère de cette contre-utopie est glaçante : à côté 1984 passerait pour de la chick-lit (non j’exagère un peu : peut-être suis-je encore plus sensible à ce qui est mis en scène parce que l’héroïne est féminine…). Lutte contre la culture, espionnage permanent, restrictions en tous genre, crimes légitimés, et rituels religieux incontournables : tout y est jusqu’à la nausée. La génération de Defred est sous haute surveillance car c’est la dernière qui a encore le luxe du souvenir, luxe personnel car il est interdit d’y faire référence. 

"Ignorer, ce n'est pas la même chose que l'ignorance. Il faut se donner de la peine pout y arriver."

 Souvenir de la vie d’avant, marquée par la décadence des moeurs,   le racisme,  et la pollution , avec pour corollaire la baisse drastique de la fécondité, avant que  tout bascule et que les femmes soient prises au piège d’une société totalitaire.

C’est superbement écrit, dans un style sobre, en harmonie avec le vide qui entoure la jeune narratrice. Ne pas faire l’économie des notes historiques proposées en fin d’ouvrage. Elles apportent un éclairage nouveau sur ce qu’on vient de lire.

D’autant plus angoissant que les éléments qui déclenchent l’avénement de ce cauchemar nous sont très familiers : ils font régulièrement la une de nos médias et nous vivons sur une poudrière propice à construire un terreau fertile pour les sectes de tous poils , dont la plus violente et la plus armée pourrait remporter la mise. 


Quid de la série?….




L'ordinaire, disait tante Lydia, c'est ce à quoi vous êtes habituées. Ceci peut ne pas vous paraître ordinaire maintenant, mais cela le deviendra après un temps.


*

Ignorer, ce n'est pas la même chose que l'ignorance. il faut se donner la peine pour y arriver.

*

Nous étions des gens dont on ne parle pas dans les journaux. Nous vivions dans les espaces blancs et vides en marge du texte imprimé. Cela nous donnait davantage de liberté.


*

Pour moi ce n'était qu'une histoire. Je pensais que quelqu'un l'avait fabriquée. Je suppose que tous les enfants pensent la même chose de toute histoire antérieure à la leur. Si ce n'est qu'une histoire, cela devient moins effrayant.







Station eleven

Emilie St John Mandel







  • Broché: 480 pages
  • Editeur : RIVAGES (24 août 2016)
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais)  : Gérard de Chergé
  • ISBN-10: 2743637552
  • ISBN-13: 978-2743637552
Œuvre de science fiction pour ceux qui n'aiment pas la science fiction (et les autres). Et c'est tellement vraisemblable que c'en est flippant.

Les pandémies constituent un thème récurrent des romans post apocalyptique et ça nous parle : les scénarios imaginés par nos ministères de la santé lors de la menace de grippe aviaire qui nous avait fait regarder d'un œil suspicieux tout cygne sauvage pris à survoler nos poulaillers, faisaient froid dans le dos. Tant qu'il y aura du kérosène , il y aura des migrations intercontinentales qui favoriseront ce risque potentiel de contamination et il suffit d'un virus un peu plus hargneux que la moyenne pour que le drame potentiel devienne réalité .

Nous  sommes conviés à une dramatique interprétation du roi Lear (l’acteur qui incarne le roi meurt sur scène) lorsque les premiers cas de grippe foudroyante commencent à faire parler d’eux dans les médias. Tout va alors très vite et l’humanité se réduit rapidement à une poignée d’individus naturellement protégés ou ayant eu la chance de ne pas être exposés.
Les instants de survie les plus primaires régissent les comportements et si l’on attaque pas il faut se défendre. C’est l’occasion de prendre conscience de la fragilité de ce qui fait notre confort : l’éclairage, le chauffage, la conservation de la nourriture disponible en quantité (en ce qui concerne notre monde occidentale) sans parler des innombrables gadgets qu’on nous a vendu comme incontournables.

La Symphonie Itinérante parcourt les décombres de la civilisation décimée en déclamant Shakespeare parce que l’art constitue l’espoir et l’espoir est nécessaire quand on a tout perdu. Rien à voir avec des super héros :

« Et tous ces gens, avec leur collection de petites jalousies, de névroses, de syndromes post-traumatiques non diagnostiqués et de rancœurs brûlantes, vivaient ensemble voyageaient ensemble, répétaient ensemble, jouaient ensemble trois cent soixante-cinq jours par an, compagnie permanente, en tournée permanente »

Le fil rouge du roman, le lien avec le temps d’avant la pandémie dans cette histoire où les prophètes surgissent du terreau de la détresse humaine, tourne autour du manuscrit d’un roman graphique né de l’imagination de la compagne du célèbre acteur disparu à la veille de l’épidémie.

C’est encore un fois très angoissant parce que terriblement plausible. Et Bruce Willis n’est pas là pour empêcher quoi que ce soit. La terrible réalité est là, du jour au lendemain, l’humanité fait une bond en arrière de  quelques dizaine de milliers d’année, et le désarroi des survivants est à la mesure d’un paradis perdu dont ils n’avaient  pas conscience.

C’est très bien écrit et mon seul regret tient à ce que je m’attendais à y trouver beaucoup plus de Shakespeare, qui n’est là que virtuellement. A peine quelques tirades viennent ponctue le récit.








Trop de bonheur

Alice Munro











  • Broché: 315 pages
  • Editeur : Editions de l'Olivier (11 avril 2013)
  • Collection : OLIV. LIT.ET
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 287929729X
  • ISBN-13: 978-2879297293









Le prix Nobel récompense annuellement, depuis 1901, un écrivain ayant rendu de grands services à l'humanité grâce à une œuvre littéraire qui, selon le testament du chimiste suédois Alfred Nobel, « a fait la preuve d'un puissant idéal .
Il est sans doute vain d’essayer de chercher, pour un auteur donné ce qui a pu convaincre les jurés, en ne lisant qu’un seul ouvrage. Et ce n’est pas Trop de bonheur qui me livrera les clefs de ce Nobel 2013.
Chaque nouvelle est centré sur un personnage qui à travers une singularité physique ou contextuelle devient le centre d’un  récit. Peu de repères temporels, une situation géographique imprécise : est-ce cela qui les prive d’une réalité crédible ? Difficile en  tout cas de s’y attacher, d’autant que la longueur de chaque nouvelle (une trentaine de page), n’y incite guère. Les chutes ne permettent pas non plus de s’étonner et ainsi de mémoriser l’intrigue. Quant à la dernière, qui donne le titre au recueil, j’ai carrément eu du mal à la terminer : récit alourdi par des divagations oniriques de l’héroïne, qui sont autant de prétexte pour rétablir la vérité de l’histoire de cette mathématicienne, répétitions, phrases sans harmonie  : 

(« il avait eu le sentiment d'être ignoré. Lui qui n'était pas habitué à être ignoré, qu'il ne s'était probablement jamais trouvé dans un salon, ou une réception, depuis qu'il était devenu adulte, où ç’avait  été le cas. Tel n’avait pas été le cas à Paris d’ailleurs. »). 
Doit-on incriminer la traduction?


Le plaisir n’a donc pas été au rendez-vous : mauvais choix, ou encore une fois nécessité d’aborder l’ensemble d’une oeuvre, pour comprendre la nomination. Il semble d’autre part que les thèmes abordés et les engagements politiques soient plus important pour être élu, que la valeur littéraire proprement dite




"Rappelle toi toujours qu'en sortant de la pièce, un homme abandonne tout ce qui se trouve, lui a dit son amie Marie Mendelssohn. Quand une femme en sort, elle emporte avec elle tout ce qui s'est passé dans cette pièce."

Article le plus récent

Pampa ⭐️⭐️⭐️⭐️

Articles populaires