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Lorsque le dernier arbre ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Michael Christie 




  • Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel (18 août 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 608 pages
  • Traduction (Anglais) : Sarah Gurcel









C’est sur plus d’un siècle que s’étend le roman Lorsque le dernier arbre, sur plus d’un siècle d’abattage intensif des ressources sylvestres, synonymes de profit immédiat. 


Lorsque l’on fait la connaissance de Jake, guide sur un îlot encore partiellement boisé de magnifiques pins d’Oregon très anciens, la menace se fait de plus en plus évidente, l’homme a eu la main trop lourde et les dégâts n’en finissent pas de se manifester comme une punition, une ardoise à payer de plus en plus sévère.


A partir de  Jake, le temps se prend à défiler à l’envers, la génération précédente  puis  de chapitre en chapitre, on est convié à l’exploration de la famille  jusqu’au couple improbable à l’origine de la lignée.


Les présentations à rebours étant faites, la machine à voyager dans le temps reprend son sens habituel et l’on revivra chaque époque pour compléter l’histoire.


En toile de fond, ces forêts, que certains détruisent quand d’autres tentent de les protéger, sont des personnages à part entières, avec qui l’on souffre lorsqu’ils sont mis à mal, et ce d’autant que nous le devons l’air pur nécessaire à notre survie.



Formidable saga écologique, que l’on déchiffre comme on lit le destin d’un arbre sur les lignes que révèlent sa coupe, c’est aussi un hymne à la nature, et une fresque historique grandiose. 



Un grand moment de lecture .




Pourquoi est-ce que les riches veulent toujours racheter aux pauvres les rares choses qu'ils leur ont laissées ? Est-ce pour leur rappeler que rien n' est vraiment à eux, jamais ?

*

Sans les journaux et le papier, Greenwood Timber aurait déjà sombré. Harris fournit tous les périodiques canadiens et la moitié de l'édition américaine. Mais il sera bientôt obligé de réduire en pâte à papier des arbres qui, jadis, auraient servi de colonne vertébrale à des palais, ce qui, pour un homme du métier, revient à faire des saucisses avec un filet de choix. Tout ça pour que les gens puissent faire leurs mots croisés d'idiots et lire des romans de gare.

*

Harris aime la poésie, c'est pour cette façon qu'elle a de "prendre" dans sa tête comme du ciment, contrairement aux éphémères feux d'artifice des romans 
qui disent d'interminables histoires sur des familles et des gens qu'il ne connaîtra jamais.


*

Il sait que les arbres utilisent souvent les oiseaux et les écureuils pour répandre à leurs graines, et aussi toutes sortes de choses qui volent au loin, comme les hélices et les bourres de coton. C'est ainsi que fonctionne une bonne partie de la Création : les êtres vivants envoient des versions  d'eux-mêmes dans le grand mystère du futur.

*

Que sont les familles, sinon des fictions ? Des histoires qu'on raconte sur certaines personnes pour certaines raisons ? Comme toutes les histoires, les familles n'existent pas, elles sont inventées, bricolées avec de l'amour et des mensonges et rien d'autre.






Michael Christie est un écrivain canadien. 

Le premier recueil d'histoires, "Le jardin du mendiant" ("The Beggar's Garden") figurait parmi les finalistes du Prix Scotiabank Giller 2011 et parmi les finalistes du Rogers Writers' Trust Fiction Prize 2011.

Il revient en 2021 avec "Lorsque le dernier arbre", lauréat du Arthur Ellis Award for Best Novel. 


La Carte postale ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Anne Berest




  • Éditeur ‏ : ‎ Grasset (18 août 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 512 pages






La carte postale a eu son heure de gloire, signifiant au destinataire que vous pensiez à lui pendant votre séjour à distance mais aussi lui soulignant la chance que vous avez de profiter d’un autre paysage. L’avènement de la communication dématérialisée et permanente l’a reléguée au rang de tradition désuète. Bords de mer et soleil couchant ne s’entassent plus dans nos boîtes aux lettres…

Celle dont il est question dans le livre d’Anne Berest est particulière : arrivée en 2003 dans la boîte aux lettres maternelle, elle est anonyme et énigmatique, quatre prénoms, quatre membres de la famille Rabinovitch, les aïeux d’Anne, qui ont pour point commun une fin de vie inhumaine dans les camps de la mort.


Anne est fascinée par cette énigme, que sa mère a beaucoup de difficultés à évoquer. Trop de souvenirs douloureux risquent de faire surface…


Tout la première partie est consacrée aux confidences entre mère et fille, ce qui revient  à évoquer ce que Lélia sait de la vie tragique de ses grands parents et de sa mère. Avec des zones d’ombre, qui pourraient contenir la solution.

A l’occasion de ses recherches, Anne Berest pose ensuite la question : qu’est ce qu’être juif de nos jours en France ? Et dans une pirouette, se demande si ce n’est pas justement le fait se poser la question…

Le passé douloureux resurgit peu à peu, et ces révélations sont un mal nécessaire, la seule façon de libérer les vieux fantômes.


Tout ce qui fait référence à cet épisode innommable de la guerre n’apporte rien de nouveau, le sujet a été traité bien des fois dans la littérature. Il fait encore très mal, car l’auteur nous a présenté sa famille et rapporte donc des faits qui ne sont plus généraux mais centrés sur des personnages que l’on a pris en affection.

Les sinistres conditions de la déportation, exigée par l’ennemi vainqueur mais organisée par la France, l’horreur des retours à la libération, tout cela reste une plaie ouverte.


L’intérêt du lecteur est créé par le souhait de voir aboutir  cette quête des origines et la question sur l’identité qui s’y rattache, et l’obstination de l’auteur devient celle du lecteur. Il faudra attendre les dernières lignes pour savoir qui se cache derrière l’envoi mystérieux.


L’histoire est captivante et l’art de conter n’y est pas pour rien. C’est un émouvant témoignage de ce qu’a vécu la famille de l’auteur, et un plaidoyer pour la nécessite de dire les choses, pour ne pas oublier et pour pouvoir s’en libérer.


Challenge pavés Babelio 2021





Parmi le courrier, très ordinaire en ce début du mois de janvier, elle était là. La carte postale. glissée entre les enveloppes, l'air de rien, comme si elle s'était cachée pour passer inaperçue.

*

Moi j'étais juive, mais rien ne laissait paraître. Sarah avait tout l'air d'une juive, mais ne l'était 
pas selon les textes. Nous en avions ri. Tout cela était absurde. Dérisoire. Et pourtant cela marquait nos vies. 




Anne Berest est une romancière et scénariste française, née en 1979.



Le chat, le général et la corneille

 Nino Haratischwili

⭐️⭐️⭐️⭐️



  • Éditeur ‏ : ‎ Belfond (19 août 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 592 pages
  • #NinoHaratischwili #NetGalleyFrance






C’est entre deux périodes, 1996 et 2016, et dans deux décors, la Russie et la Tchétchénie , que se déroule l’intrigue de ce roman fleuve. 


L’autrice nous convie d’abord à la présentation des personnages, nombreux, et les portraits sont volontiers détaillés, exhaustifs et même parfois répétitifs. C’est le premier écueil. Il faut donc parcourir un bon tiers du récit pour commencer à comprendre ce qui va en être la trame principale.


Une fois dans le sujet lancé et exploré, on est bien sûr happé par cette quête d’un des personnages, décidé à exorciser son passé et à expier ses fautes passées, que l’on découvrira peu à peu.


L’intérêt principal du roman est de mettre en lumière une partie de l’histoire de cette petite république enclavée aux confins de la Russie et qui ne fait parler d’elle en Europe de l’Ouest que lorsque que des faits militaires le mettent à feu et à sang. 


Par contre, la lecture est laborieuse, car, comme évoqué plus haut l’histoire met beaucoup de temps pour démarrer, les portraits sont exposés avec de nombreux détails souvent répétitifs qui alourdissent l’ensemble. 


Quelques erreurs aussi sont à noter : difficile de sectionner une aorte en portant un coup à la gorge !


Malgré l’intérêt de l’intrigue, passionnante, et le suspens généré par ce qui est révélé à petites touches, on a l’impression globale d’un roman bavard. Quelques coupes et un allègement du texte auraient vraiment pu faire de ce roman un coup de coeur.


Merci à Netgalley et aux éditions Belfond




Et pourtant, une fois arrivée sur de nouvelles rives, dans de nouvelles réalités, tandis qu'ils construisaient leur vie à la sueur de leur front,  posant tant bien que mal une brique sur l'autre, ils s'étaient rendu compte que l'enfer leur manquait, cet enfer qu'ils avaient quitté avec tant de détermination. Car l'endroit avait beau puer le soufre, c'était leur enfer à eux, ils en connaissaient le moindre recoin, ils y avaient des camarades de  combats et des compagnons d'infortune, ils étaient les rois de cet empire déchu.

*

Dans un monde où l'on se retrouvait forcé de choisir entre devenir un meurtrier et se tirer une balle dans la tête, dans un monde où l'on violait parce que l'occasion se présentait, il n'y avait plus de bonne option. Il ne restait qu'une seule aspiration, l'aspiration au pouvoir. Un pouvoir qui ne connaissait ni compassion ni miséricorde et était sa propre fin.

*
Était ce si facile de se laisser intimider ? De renoncer à toutes ses convictions sous prétexte que l'on se trouvait dans un lieu où elles n'avaient plus cours, voire étaient réprouvées ou proscrites ? Était-ce le mécanisme naturel dans un état qui réécrivaient sa propre histoire, où l'on faisait passer des mensonges pour la vérité et la vérité pour un mensonge ?





Nino Haratischwili est née en 1983 à Tbilissi (Géorgie). En 2011, elle a reçu le Prix du premier roman du Buddenbrookhaus Lübeck pour son livre Juja. Mon doux jumeau – son premier livre traduit en français – a été récompensé la même année par le Prix des éditeurs indépendants. 










Les terres promises ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Jean-Michel Guenassia




  • Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel (3 mars 2021)
  • Broché ‏ : ‎ 624 pages










C’est motivant de retrouver plus de dix ans après ces héros tant aimés et que l’auteur avait laissés face à un avenir qui restait à imaginer ! La crainte  aussi de ne pas raccrocher au fil, d’avoir oublié, d’avoir perdu la magie que nous avait fait vivre ce club de paumés rassemblés autour d’un jeu d’échec. 


Eh bien, la magie reste présente, et c’est sans peine que l’on reconnaît Michel, qui a pris quelques années, mais est encore mineur, (la majorité à 21 ans, c’est pour un peu plus tard). Et puis Maurice qu’on avait eu le plaisir de croiser dans la vie rêvée d’Ernesto G. Et puis Camille, Cécile, même si ces deux là ont une propension pour filer à l’anglaise. Sans compter Leonid et Igor.


Plus de club d’échec improvisé, même si le jeu reste un fil rouge au cours du roman, mais  surtout des voyages incessants, émigrations, dont les prétextes sont multiples, fuite de la justice pour Franck, recherche de sa bien-aimée pour Michel, désir de l’ailleurs pour tous. Seul Maurice reste à Paris où il monte un projet de grande surface d’électroménager, une révolution dans le monde du commerce.


Les rencontres sont foisonnantes et dans ce contexte politico-historique qui a conduit à l’autonomie de l’Algérie, les temps sont troublés. On a la chance de parcourir ces pages qui marient si bien la petite et la grande histoire, dans un récit qui impressionne par la documentation. 


C’est un réel bonheur d’avoir enfin pu assisté à l’évolution de ces personnages que l’on a tant aimés, et qui sait, on laisse la dernière page avec l’espoir d’avoir une nouvelle tranche de ce qui deviendrait une saga.




Je n'arrive pas à comprendre pourquoi les crimes innombrables du communisme paraissent moins grave que ceux du nazisme, sous prétexte qu'ils ont été commis au nom d'un idéal merveilleux qui devait changer le destin de l'humanité. Sacha a cru que ses idées allait faire le bonheur de L'Humanité, il a été emporté par l'horreur qu'il avait contribué à créer.

*

Il ne faut jamais prêter ses livres. Jamais. Sous aucun prétexte. Surtout ceux auquel on tient, parce qu'on ne les reverra jamais, le taux de retour étant inversement proportionnel à la qualité du roman. La plupart du temps, les amis finissent par croire qu'ils les ont lus, oublient qui ne leur appartiennent pas, les offrent à un de leurs amis. On doit donner uniquement les mauvais romans, ceux qui vous tombe des mains, d'abord cela débarrasse votre bibliothèque, ensuite cela permet de faire le tri parmi ses amis en éliminant ceux qui ont mauvais goût. Cette brève considération pour dire que je n'ai jamais récupéré ce livre.
Et que j'aimerais bien le relire.

*

Admettons qu'à partir de l'âge de dix ans, tu lises un livre par semaine, cela n'en fera que 52 dans l'année. Si Dieu t'accorde une longue vie et une bonne santé, au bout de soixante-dix ans, tu n'auras lu que trois mille six cents livres, à condition de ne pas toucher à ces gros romans français qui demandent à eux seuls une année de concentration au moins tellement ils sont volumineux.

*

J'ai lu chaque jour et chaque nuit que Dieu m'a donné depuis soixante années, j'ai eu une vie de rêve, comme peu d'êtres humains, et pourtant je ne suis qu'une grenouille stupide qui jamais ne pourra parcourir la montagne de la culture, c'est pourquoi plus je lis, plus je me désespère de ce que je ne lirai pas.







Avocat pendant six ans, tenté de faire carrière dans le cinéma, auteur de scénarios pour la télévision, Jean-Michel Guenassia a également écrit des pièces de théâtre. 
Il se consacre en 2002 à l'écriture de "Le club des incorrigibles optimistes" qui lui demandera six ans de travail. Paru à la rentrée littéraire 2009, le roman a été salué par la critique unanime et a trouvé un large public. Il a été couronné par le Prix Goncourt des lycéens en 2009 et par le Prix 2010 des lecteurs de Notre Temps.

Renouant avec le souffle éminemment romanesque du Club des incorrigibles optimistes, Jean-Michel Guenassia évoque dans le détail la vie épique de Joseph Kaplan dans son second roman "La vie rêvée d'Ernesto G." dont il est lauréat du Prix du Roman Chapitre 2012.


En 2016, il publie "La Valse des arbres et du ciel" et l'année suivante, "De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles". 




Trois ⭐️⭐️⭐️

 Valérie Perrin



  • Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel (31 mars 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 672 pages









Il aura fallu très peu de temps pour qu’ils se reconnaissent ces trois-là : l’échange de quelques regards les unit pour toujours, ou presque. D’année en année, sur les bancs de l’école, ou sur la cour de récré lorsqu’un hasard les aura éloignés en classe, Adrien, Nina, Etienne se tiennent la main. Jusqu’à ce que la rencontre de l’amour ou de ce qui lui ressemble détend les liens si forts entre eux. 

Et puis il y a ce secret, si bien gardé, et révélé si tard qu’il ressemble un peu à un lapin sorti d’un chapeau !


Comme dans  Changer l’eau des fleurs, les personnages donnent immédiatement envie de passer quelques heures auprès d’eux, le temps de parcourir ce que l’auteur leur a concocté comme destin. Leur complexité, leurs fragilités en font des héros très humains.


L’intrigue en elle-même offre peu de rebondissement, à part ce fameux secret, c’est la vie qui passe, avec ses accidents et ses bonheurs.


Par contre, 672 pages, c’est très long, et cela donne l’impression d’être un peu pris en otage. Quelques redites et des détails pas indispensables auraient peut être pu être évités.


Une lettre plaisante, une très belle histoire d’amitié, et de trahison, sans doute idéale pour les après-midis sur la plage ou à l’ombre d’un arbre. 


challenge pavés Babelio 2021




Ce matin, Nina m'a regardée sans me voir. Son regard a glissé comme les gouttes de pluie sur mon imperméable, juste avant qu'elle ne disparaisse dans un chenil.
Il pleuvait comme vache qui pisse.

*

Elle a déjà vu des potes du lycée péter les plombs après avoir gobé un acide. Sa tête, ses muscles douloureux, son mal-être, son chagrin, ses ressassements lui faisaient penser qu'elle était dans le même état qu'un type qui rentre d'une rave party à 8h du matin.





Valérie Perrin est une photographe, scénariste et écrivaine. 

Elle travaille aux côtés de son mari, le réalisateur Claude Lelouch. 





Les Buddenbrook   ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Thomas Mann





  • Éditeur : Le Livre de Poche; Biblio édition (1 janvier 1993)
  • Langue : Français
  • Poche : 852 pages





Parcourir quarante années d’existence d’une famille allemande, de son apogée à son déclin, est un exercice plutôt plaisant. 

D’abord pour l’ « effet saga », cette impression de s’immiscer en hôte invisible dans l’intimité de ce que cachent les murs des maisons privées, et à chaque reprise de lecture, de retrouver la lecture en cours comme on se glisse dans une bonne paire de vieux chaussons, confortables par habitude.


Nous sommes donc en Allemagne au milieu du dix-neuvième siècle, les affaires sont prospères pour la famille Buddenbrook, dont l’activité de négociants habiles fait la renommée, au point de s’enorgueillir pour le pater familias du titre de consul. Le patriarche règne sur ses descendants et tout est sous contrôle. 


Pourtant, on perçoit déjà prémisses d’une chute future, dans la conduite fantasque de l’un des héritiers, et quelques choix trop hasardeux d’unions maritales qui auraient dû contribué à consolider l’image de marque de la famille amorcent le déclin. De tout petits grains de sable dans les rouages, dans un contexte global instable sur le plan économique et politique à haut risque.


Nous avons donc une galerie de portraits, les parents, les enfants mais aussi la famille proche et les pièces rapportées, de personnages nombreux dont l’auteur dresse avec subtilité les portraits, de telle sorte que jamais le lecteur ne sera perdu : une particularité physique, un sourcil blond un peu plus haut que l’autre, une lèvre charnue ou des jambes torses viendront à chaque fois rappeler au lecteur à qui il a affaire. Et ces indices ne manquent pas d’humour.


Le récit est de temps à autre évoqué dans son contexte politique, mais l’accent est mis avant tout sur la psychologie des personnages.


Si le déclin annoncé poursuit inexorablement son travail de sape sur la dynastie Buddenbrook, l’auteur n’accable pas un personnage ou un contexte, c’est le résultat d’une convergence de circonstances, de malchances et parfois d’erreurs. Déclin d’une famille mais aussi déclin d’un modèle économique qui n’en finit pas d’agoniser.


J’ai beaucoup aimé les allusions à la médecine si démunie de cette époque, qui voit se succéder deux praticiens, d’habilité très différente, mais aussi inefficaces l’un que l’autre, tant le manque de moyens thérapeutiques est criant. La description clinique de la typhoïde est un morceau d’anthologie.



Plus de 800 cent pages, mais une lecture plaisante, portrait d’une époque révolue. 


Lecture commune de la Caverne des Lecteurs 



Et il mangera des moules en sauce et de la julienne, des soles frites, du rôti de veau avec des pommes de terre à la crème et du chou-fleur, du pudding au marasquin, enfin des tartines de pain noir avec du roquefort. Il trouva à chaque plat nouveau, une louange nouvelle, qu'il avait l'air de distiller avec délicatesse. 

*

Le docteur Drögemuller, de Hambourg, m'a déclaré que, de ce côté là, tous mes nerfs étaient trop courts… Imagine : chez moi, tous les nerfs du côté gauche sont trop courts ! C'est si étrange ! Il me semble parfois que là, à cet endroit, une crampe, une paralysie va immanquable ment se produire, une paralysie inguérissable…

*

...ces jeux qui exigent peu de choses : trois cailloux, un bout de bois où est piquée une fleur de pissenlit ; mais, avant tout, l'imagination pure, puissante, fervente, chaste, encore sereine et spontanée, de cet âge bienheureux où la vie craint de nous effleurer, où ni devoir ni responsabilité ne se hasardent à mettre la main sur nous, où il nous est permis de voir, d'entendre, de rire, de nous étonner et de rêver sans que le monde déjà nous réclame des services…






Thomas Mann est un écrivain allemand.

Né dans une riche famille patricienne de négociants en grains,En 1897, il commence la rédaction de son premier roman, Les Buddenbrook, qui paraît en 1901. En 1954, il est fait citoyen d'honneur de sa ville natale mais décède un an plus tard à Zurich. 





Les Monstres ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️ ❤️

 Charles Roux




  • Éditeur : EDITIONS PAYOT & RIVAGES (6 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 608 pages
  • Première sélection Prix Orange







C’est sur un rythme de valse, une valse diabolique, qu’évoluent nos trois personnages.


Toi, David, le commercial conquérant, le dragueur insatiable, qui refuse de voir les signes de fatigue  que les drogues diverses tentent de combattre. 

Vous, Alice, prof d’histoire, vieille fille aigrie, c’est vous qui le dites, qui passez vos soirées à modeler des formes approximatives dans de la terre glaise.

Et puis  Dominique, maître de la danse pernicieuse, chef d’orchestre d’une mutation promise.

Alors qu’un monstre terrorise la ville, chauffée à blanc par les médias surexcités, les destins convergent.


Il faut très peu de temps, pour se prendre au jeu ce tourbillon à trois temps, et ressentir pour ces personnages mis à nu puis disséqués une connivence qui vous scotche au récit, sans même ressenti une urgence à avancer vers la résolution. Car ils sont le prétexte d’une analyse aiguisée sur les dérives de notre époque.


De quel mal le monstre est-il la métaphore ? Qui est le monstre ? 


Une écriture envoutante, travaillée et efficace. 


Une construction maitrisée avec ces chapitres qui glissent habilement les uns après les autres. Une érudition sans ostentation, 


Un gros coup de coeur 

 


Plus fort que la radio, le cirque télévisuel a pris ses quartiers, au chaud et en studio. Il faut occuper le temps d'antenne et l'attention des cerveaux. Puisqu'on ne sait rien, on va faire en sorte qu'il y a tout de même quelque chose à raconter. On pérore, on spécule. On filme les agissements passés, on interroge encore et encore les victimes, on entend le micro aux voisins qui ont tout entendu même ceux qui dormaient sur leurs deux oreilles.

*



Puisque tout le monde se croit autorisé à donner son avis, les platitudes et les énormités s'enchaînent dans une ambiance de café du commerce. C'est vendredi, beaucoup seront en congé ce soir, alors personne n'a envie de gâcher la fête en s’opposant trop violemment aux dires des uns et des autres. L'air de rien, tu écoutes le tissu d’aneries débité en continu autour de toi :

 - c’est évident qu'il y a une puissance étrangère derrière ce monstre ! Cela n'est à de telles moyens.


*


Cauchemar

Rêve désagréable, le mot cauchemar provient du regroupement de deux termes d’ origine distinctes : calcare ( latin), qui signifie talonner, fouler aux pieds, et mara, qui dans le folklore scandinave désigne un esprit malfaisant connu pour s'attaquer à ses victimes pendant leur sommeil. En s'asseyant sur le buste des personnes endormies, la Mara les empêche de respirer.


*


Au coeur du dîner, Dominique se réjouit une nouvelle fois de l'efficacité de ses pouvoirs. Il n'y a qu'à faire un tour d'horizon des tables pour comprendre que les clients ont tous retiré leurs habits de mythomanes du quotidien. Débarrassés de leur peau mensongère, ils se livrent  l’un à l’autre avec une franchise absolue. Peu importe que cela amène certains à se déchirer, l'essentiel est que la vérité, même monstrueuse, triomphe.


*


* il contemple son enveloppe charnelle, engagé sur une pente dans la déclivité ne cessera d'augmenter. Il observe ses os fatigués et sa peau usée, ses organes en déliquescence mais bien planqués dans l'infini bazar de l'anatomie humaine. Le masque et les vêtements peuvent bien tromper les clients, mais pas lui qui sait qu’à l’intérieur  le vieillard a commencé de montrer le bout de son nez






Surtensions ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Olivier Norek




  • Éditeur : Michel Lafon (11 mars 2016)
  • Langue : Français
  • Broché : 505 pages
  • Existe en version numérique





Troisième volet de la  trilogie Coste,  toujours en poste en Seine-saint-Denis. 


Un enlèvement avec demande de rançon ouvre les hostilités, alors que l’on fait connaissance avec la fine fleur de la prison de Marviel, où la surpopulation crée les conditions d’une zone de non-droit avec ses règles propres qu’il est conseillé de piger rapidement sous peine de se retrouver en difficulté majeure. 


C’est peu à peu, avec la progression de l’enquête que l’on apprendra le lien entre l’enlèvement et les hôtes sous les barreaux, alors que Coste se pose des questions existentielles et que le commandant Damiani se voit remplacée par un type assoiffé de pouvoir…



Cet opus est plus violent que les précédents, ne serait-ce que par la description des conditions de vie carcérale. Mais on retrouve le réalisme des dialogues et la connaissance indiscutable du terrain, qui rend le récit crédible. 


On y perçoit aussi, sans que cela soit une découverte, que la vie d’un commissariat dans une zone à risque n’est pas un long fleuve tranquille 




La seule mission du surveillant étant de rentrer chez lui en un seul morceau, il n'y avait plus qu'à laisser les détenus s'insulter, se battre, faire du commerce, se droguer et baiser entre eux, avec, comme seule limite morale, le suicide et le meurtre.

*

Batvox ? C'est celui qui a été utilisé dans l'affaire Cahuzac. On a comparé sa voix lors d'un discours avec celle que l'on avait sur un enregistrement de transaction où il parlait de son compte en Suisse et de son évasion fiscale. C'est de cette manière qu'il est tombé.
–Ah parce qu'il est tombé, Cahuzac ? S'étonna Ronan
- Evidemment non, concéda Degrève, c'est un homme politique.

*

Parfois lors d'une des rares fouilles surprise, quand l'administration de Marveil voulait asseoir son autorité, les prisonniers n'avaient pas d'autres choix que de jeter leurs alcool ou leur shit par-dessus bord et les charognards en étaient pour un petit trip alcoolo-cannabique, à miauler des heures durant les pattes en croix, à voler en zigzag jusqu'à s' empêtrer dans les hauts barbelés et à s'accoupler inter-racialement, quand la came était de qualité pas surprenant que l'info soit passé…

*

Et excepté la Volvo qui conduisait, comment on relie Mosconi avec le couple qui sort du box ?
–Tu m'emmerdes Ronan, j'en suis au même point que toi. Je tâtonne, je gymnastique, j'hypothèse.




Olivier Norek, né en  à Toulouse, est un écrivain et scénariste français, capitaine à la police judiciaire de Seine-Saint-Denis. Policier de formation, ses 4 romans et ses 2 scénarios relèvent du thriller social






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