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La maison du bonheur ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Manu Causse 











L’amour de Manu et Emma s’abrite sous un toit qui aurait pu être La maison du bonheur :  quatre grands enfants, beaucoup de vie, des discussions incessantes, de l’humour, aussi, beaucoup.  Jusqu’au jour fatidique où tout s’écroule dans la suite éternelle du temps qui passe. Youma, dix-neuf ans, la belle-fille du narrateur  est atteinte d’un cancer, une tumeur rare et agressive. La famille fait face et Youma est armée pour lutter contre cet ennemi surgi brutalement. 

Le lecteur suit ce parcours de souffrance, d’espoir et de déceptions, de temps suspendu aux résultats, du calendrier ponctué par les rendez-vous médicaux. Malgré tout et grâce au courage et à la ténacité de la jeune fille, le radeau tient la mer malmené par  une houle profonde. 


Quelle que soit l’issue, on y croit, on s’accroche aux plus petits signes de recul de la maladie, on veut y croire, comme l’a voulu Manu Causse et comme l’a montré la jeune fille. On est littéralement emporté et pris dans cette histoire d’autant plus émouvante qu’on sait qu’il ne s’agit pas d’une fiction. 


Malgré le sentiment d’injustice, on n’y trouve pas matière à fustiger la prise en charge. Là n’est pas le but. Mais on perçoit la fragilité de la communication, quand chaque mot compte et sera repris, décliné et analysé dans un espoir vain d’y déceler un pronostic. Et ces mots là restent gravés pour la vie. 


Les coups de gueule ne sont cependant pas éludés 


Casser la gueule à quelqu'un, détester quelque chose, en vouloir aux autres ou à nous-mêmes ?

On aimerait en être capable.


Pas de fausse pudeur, le parcours n’est pas édulcoré, le récit est donc parfois difficile à soutenir. Mais il faut en retenir l’immense amour qui a servi de lien pendant ces dix huit mois d’une épreuve que l’on ne souhaite à personne. 



Très bel hommage à une jeune fille victime d’un coup du destin, et qui a fait preuve d’une belle humanité. Difficile de tourner les pages sans être bouleversé, sans ressentir une profonde empathie pour ce drame humain, qui n’est hélas pas exceptionnel, (quelle famille n’a pas vécu de près une histoire similaire ?) . 



Merci à Babelio et aux éditions HarperCollins 


352 pages HarperCollins 14 janvier 2026

Masse critique Babelio 






Casser la gueule à quelqu'un, détester quelque chose, en vouloir aux autres ou à nous-mêmes ?

On aimerait en être capable.


Manu Causse



Manu Causse est un écrivain français né en 1972


Il est principalement l'auteur de recueils de nouvelles, de pièces de théâtre ("La fête à Fred") mais aussi de romans, français et bilingues. 


Le meetic-boy, les filles et moi (Chronique d'un "ghosting") ⭐️⭐️⭐️

 Rafaële Rivais 











Seule avec deux adolescentes difficiles, elle rêve d’une histoire d’amour qui la ferait à nouveau vibrer. De nos jours, la pépinière se trouve sur les sites de rencontre, mais il faut trier le bon grain de l’ivraie, et l’affaire n’est pas toujours simple. Pourtant il lui semble avoir décroché l’oiseau rare, plutôt bien conservé , riche et passionné, et pas plus effrayé que ça par la charge d’âme de notre narratrice. Mais l’illusion dure peu de temps et les défauts se dévoilent peu  peu jusqu’à ce que brutalement il ne donne plus signe de vie. Le ghosting.



Ce témoignage, puisqu’il s’git de l’histoire personnelle de la narratrice, en dit long sur notre mode de relation et ses travers à l’époque de la communication virtuelle. Les pièges sont multiples et on y tombe d’autant plus aisément que l’on subit une carence affective. 


Même si nous n’avons qu’un son de cloche il semble bien que le gentil fiancé soit un gros c…. Mais ce qui m’a le plus touchée dans ce récit, c’est la crise grave et la rupture avec la jeune adolescente rebelle, qui devient incontrôlable et se met en danger. Cela me parait être un point fondamental.


Le récit est clair et écrit avec adresse, on sent derrière les phrases l’habitude d’écrire et de relater les faits.


Si le but est de venir en aide à d’autres personnes victimes de ce type de mésaventure, je ne suis pas sûre que cela soit efficace : l’amour passion n’est pas compatible avec la lucidité. 


Je remercie Rafaele Rivais pour sa confiance. 


195 pages 25 avril 2024





Mon amoureux, je l'ai rencontré en ligne. Sur Meetic. C'est ma mère qui m'avait incité à m'inscrire, quelques mois plus tôt.


*

Être amoureuse me donne des ailes. C'est sur un petit nuage que je vais à mon journal, et que je me remets au travail, sans être dérangée, pour une fois, par le bruit de l'open space – et que la deux fois, cliquetis  de signaux divers et variés, alarmes, intempestive, sonneries de téléphone…





Rafaële Rivais est journaliste au Monde depuis une trentaine d'années. Elle a longtemps vécu à Bruxelles.




Le bateau fraise

 Alain Labbé












Après avoir parcouru les océans pendant des années, Alain Labbé a jeté l’ancre. Son nouvel horizon est fait de bâches, de buttes de terre et du brouhaha des marchés. L’errance, il la réserve à sa vie de couple, aussi mouvante qu’en mer moutonneuse. Après une courte formation qui tourne autour la culture des artichauts ou des choux, c’est avec la fraise qu’il entamera sa carrière d’agriculteur. Sans aides financières : il est trop vieux ! 


Si le fruit rouge parfumé qui annonce les beaux jours arrive assez tard sur le marché pour y rester quelques semaines, il représente en coulisse une année complète de travail ingrat. A peine un court répit en décembre. Et tout au long de l’année, l’angoisse des intempéries, des aléas de la météo et de la pénurie de main d’oeuvre ! 


C’est tout cela que nous conte Alain Labbé, mêlant habilement le lexique de la voile au discours terrien. Loin d’être pleurnichard, le discours n’est cependant pas angélique. Mais tout passe quand l’humour donne le recul nécessaire pour ne pas sombrer. 

On y retourne l’ambiance de la Bretagne terrienne, qui survit comme elle peut.


Le travail est ingrat, mais les rencontres peuvent aussi illuminer un quotidien rude. 


Ce témoignage d’un parcours atypique (mais les parcours typiques ne sont ils pas en passe de devenir atypiques ?) est intéressant car bien écrit et instructif.


256 pages libretto 1er juin 2023

#Lebateaufraise #NetGalleyFrance 







L'été, l'orage me désespère. La semaine fond dans une atmosphère électrique où les aoûtats se déchaînent. On ne se lave pas. Je ne découvre plus la campagne, elle me recouvre. Devenir paysan, c'est aussi laisser courir les aoûtats sur la sueur de ses aisselles.


*


La Bretagne courageuse relève la tête. Elle exhibe ses bannières un peu partout.  Sur toutes les routes, grandes ou petites, jusqu’aux ribines, à chaque carrefour, de grands calicots jaunes, nous signalent pour chaque jour une fête, un pardon, un festival, un marché nocturne, un concert, un repas, un souper, l'important étant de retenir les estivants le plus longtemps possible, d’exacerber son besoin d'exotisme.




Alain Labbé (II)



Alain Labbé embarque en 1974 avec Eric Tabarly. Il navigue durant douze ans, en solitaire ou en équipage et notamment avec Olivier de Kersauson. Après deux tours du monde en course et douze traversées de l’Atlantique, il s’installe en 1999 à Plougastel comme producteur de fraises. Le Bateau Fraise est son premier livre. 


1 chance sur 666 ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Vanessa Arcos




  • Éditeur : TERRE EN CIEL (11 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 158 pages









Le sujet est délicat. Rien ne laisse augurer de la tonalité de l’écrit, pas même ce mot « chance » qui en français reste ambigu, hésitant entre risque et fortune. C’est donc le hasard de la loterie génétique qui a bouleversé les attentes, modifié les projets et pour un temps semé le doute. Et pourtant, ce qui est souvent vécu comme un drame, une perte de chance, est devenu pour Valentine et ses parents, une nouvelle façon d’appréhender le monde, et une véritable réflexion sur la valeur de la vie. 

Certes les pré-requis pour intérioriser cette  leçon de vie avec sagesse étaient là depuis longtemps : une ouverture sur le monde, une formation philosophique conséquente  et l’amour des mots, les mots qui épongent, les mots qui disent autrement, les mots qui subliment le quotidien.

Pas de langue de bois, les difficultés transparaissent en filigrane. Elever un enfant différent est un parcours de combattant dont les armes sont la pugnacité et l’assurance d’être légitime dans ces revendications. 

Pas de discours sectaires non plus, le salut n’est pas délégué à une quelconque essence divine. Il serait plus proche d’une sympathie pour les préceptes du taoïsme. 


Enfin, au coeur de cet écrit transparaiî l’amour du langage, manié avec délicatesse, et qui se fait l’écrin d’un bijou précieux. Avec une utilisation du  passé simple, qui met à distance, comme derrière un voilage qui laisse juste deviner, et confère une certaine noblesse au propos.


Loin d’un pamphlet contre les insuffisances de l’Etat, et pourtant, il y a fort à faire et à dire dans ce domaine, cet hommage à une toute jeune fille est un méssage positif et un témoignage émouvant de la puissance de l’amour. 




Je pensais au destin des hommes, au fait que l'humain est un conquérant insatiable qui ne réfléchissait jamais assez. Que tout ne tenait toujours qu'à un fil. Je me demandais aussi comment, en observant un peuple, on pouvait être amené à comprendre l'importance de l'individu noyé dans la masse. Et combien il était important toujours de changer d'échelle pour adapter son raisonnement. Faire partie d'une marge condamne bien souvent à la disparition.


*


Le verbe comme expérience temporelle et comme expérience spirituelle. Une écriture pour révéler les secrets, le secret de l'existence, l'ampleur des idées et la force des apparences. Des mots pour mettre en récit le voyage intérieur, pour soi et pour les autres. Transmettre une expérience, une pensée.


*


Vivre est une expérience tragique, nous le savons tous puisque nous connaissons le dénouement. Regarder la réalité en face, ne pas s'illusionner et être son seul juge – impitoyable. Maîtriser l'accidentel et raconter l'insignifiant avec en perspective l’œuvre de la vie. Devenir résiliente, tolérante avec l'existence et ses marges d’erreur dans lesquelles elle m'avait précipitée.








Vanessa Arcos est auteure, rédactrice éditoriale, amoureuse des mots et de la philosophie. À travers le verbe, elle transmet son expérience de vie avec un enfant différent.





La familia grande ⭐️⭐️⭐️

 Camille Kouchner




  • Éditeur : Le Seuil (5 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 208 pages






Lecture débutée avec réticence. Par manque de goût pur les déballages familiaux de ceux que leur lignée met au devant de la scène médiatique et la sensation d’être pris en otage par le biais de  la littérature. Et impression d’être prise en flagrant délit de voyeurisme .


Parlons sans détour, je n’ai pas aimé l’écriture. Trop d’ellipses, de non-dits, de phrases que seuls les initiés peuvent comprendre. J’ai dû lire et relire certains paragraphes pour tenter, souvent en vain d’en découvrir le sens caché. Je comprends la difficulté de ces confidences, mais pour la lectrice que je suis, ce fut une épreuve.


Ce qui m’a aussi profondément troublée, c’est la chute d’une idole. Le portrait qu’avait dressé Caroline Laurent d’Évelyne Pisier dans Et soudain la liberté, était celui d’une femme libre, allant jusqu’au bout de ses convictions, ce qui l’avait amenée à côtoyer des célébrités planétaires. La découvrir ici, décrite comme une mère déplorable, incapable de protéger ses enfants, les exposant même au pire sous prétexte de l’absence de contrainte, est une sacrée claque ; entre les deux se situe sans doute la vérité et une plaidoirie en faveur de l’accusée réussirait sans doute à la réhabiliter .


On ne découvre pas avec ce récit que les maltraitances de tous genre   ne sont pas l’apanage des milieux sociaux précaires et que les détraqués sexuels se cachant aussi bien derrière les persiennes d’une barre de banlieue que derrière les portails ouvragés des villas bourgeoises. On sait aussi que ces derniers sont plus difficile à atteindre pour que justice soit faite. C’est dans doute la seule justification que l’on puisse concéder à l’auteure pour soumettre à un public large le fruit de ses réflexions et souhaitons lui que cela la soulage, ce qui n’est pas assuré, compte tenu de ce qui risque de lui revenir en boomerang. 


Une issue positive, la plainte déposée pour la première fois par la victime contre son beau-père, ce qui n’aurait peut-être pas eu lieu sans la publication du livre de sa soeur.






Dans la nuit, les choses tournent mal. Marie-France perd les eaux. Six mois de grossesse, c'est un peu tôt pour accoucher. À 3h du matin, l'ambulance arrive. Ma mère grimpe dans la camionnette, Thierry suivra en voiture. L'infirmière s'inquiète que Marie-France ne porte pas de culotte. Évelyne l'épouvante en retirant la sienne et en attendant à sa sœur. « Une chance, dit  ma mère, moi qui n'en porte jamais ! » Éclat de rire de ma tante malgré la catastrophe annoncée. Énième fait d'armes des  soeurs Pisier.

*

Protéger ma mère. Pas d'autres drames, je vous en supplie ! Automatiquement le secret s'est installé. Pas un mot à mes parents, pas un mot à la famille, pas un mot à mes profs, pas un mot à mes amis. Pas même au Club des cinq, Esther, Théodore, Vincent et Paul. Ni à aucun des autres après.






Camille Kouchner, née le 18 juin 1975 dans le 13e arrondissement de Paris, est une universitaire française, maîtresse de conférences en droit privé. Elle  est la fille du médecin et homme politique Bernard Kouchner et de l’écrivaine et politologue Évelyne Pisier.




Une éducation

Tara Westover






  • Broché: 400 pages
  • Editeur : JC Lattès (9 janvier 2019)
  • Collection : Essais et documents
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Johan Frederik Tel Guedj









Idaho, dans les années 90. Tara n’a pas d’acte de naissance, n’a jamais fréquenté l’école ou consulté un médecin.  Ses parents mormons et survivalistes vivent de l’exploitation d’une casse , dans l’attente de la fin du monde. C’est avec un bagage extrêmement réduit et presqu’entièrement autodidacte, qu’elle décide à seize ans de postuler pour l’université, ce qui la conduira au titre de docteur en histoire, elle qui n’ait jamais entendu parler de l’Holocauste lorsqu’elle assiste à ses premiers cours d’histoire!

Le parcours est édifiant, mais au cours du récit c’est surtout le conflit entre la loyauté à sa famille et ses aspirations de développement personnel (pas au sens mystique de recherche de la félicité) qui ressort. Consciente de la folie de cette famille détraquée, entre la pathologie du père et la violence extrême de l’un de ses frères, la rupture est quasi-impossible. Malgré la place qu’elle s’est faite dans le milieu universitaire, amplement méritée, la tentation est grande de faire allégeance avec les siens, au risque de se perdre corps et âme.



Cette autobiographie plébiscitée outre-atlantique a pour première qualité de laisser place au doute de la narratrice quant à l’authenticité de ses propres souvenirs , parfois en contradiction avec les notes de son journal intime, ou avec les témoignages de ses frères et soeurs. Et c’est cette incertitude qui donne toute sa valeur au récit, que l’auteur n’a pas tenté d’embellir ou de noircir, et qui le rend encore plus convaincant.



Le récit est tellement impressionnant, qu’il n’est pas question de s’arrêter une seconde pour se poser des questions sur le style ou la traduction . On est tout simplement happé par l’énormité des faits, d’autant qu’ils sont contemporains. On repose aussi bien des questions sur ce qui peut amener une telle famille à avoir pignon sur rue, de nos jours, avec un discours si dément et un tel aveuglement.

Inutile de dire que c’est suffisamment fort pour ne pas tomber dans l’oubli rapidement


#Uneéducation #NetGalleyFrance




Autre des sept enfants de mes parents n'ont pas d'acte de naissance. Nous n'avons pas de dossiers médicaux, parce que nous sommes nés à la maison et n'avons jamais vu un médecin ou une infirmière.

Cela arrive parfois, dans les familles : un enfant qui ne cadre pas, au rythme décalé, dont le compteur est réglé sur la mauvaise fréquence. Dans notre famille, c'était Tyler. pendant que nous nous trémoussions, lui dansait la vase. Il était sourds à la cacophonie de nos existences, et nous étions sourds à sa calme polyphonie.

*

J'étais agenouillée sur le tapis, et j'écoutais mon père tout en examinant cette étrangère, et je me sentais en suspens entre eux deux, attirée vers l'un et l'autre, repoussée parles deux. Je comprenais qu'aucun avenir ne pourrait les contenir, qu'aucun destin ne pourrait les tolérer, elle et lui en même temps. Je rentrais une enfant pour toujours, ou je le perdrais.









Tara Westover est une mémorialiste américaine née en septembre 1986 à Clifton, dans l'Idaho. Elle est connue en particulier pour son ouvrage autobiographique "Educated". 
Elle vit à New-York



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