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Intérieur nuit

Marissa Pessl









  • Broché: 720 pages
  • Editeur : Gallimard (20 août 2015)
  • Collection : Du monde entier
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Laetitia Devaux
  • ISBN-10: 2070144763
  • ISBN-13: 978-2070144761
  • Existe en version numérique  









Diable! Marissa Pessl s’était déjà fait remarquer avec la sortie de La physique des catastrophes, son premier roman,  il y a 8 ans, et elle récidive avec un récit qui allie le polar et  la magie noire, à un rythme …endiablé!

L’histoire commence banalement avec le suicide de la fille de Cordova, un cinéaste sulfureux qui a tout d’un gourou : ses films au contenu sulfureux, circulent sous le manteau, ses fans échangent sur le darknet, il suscite autant de haine que d’admiration. 

Si le journaliste d’investigation Scott McGrath s’intéresse de près à ce fait divers, c’est que Cordova est à l’origine de sa déchéance professionnelle puisque quelques années plus tôt, sans vérifier ses sources, McGrath s’était lancé dans une diatribe accusant Cordova de pratiques inavouables sur des enfants….Le piège s’était refermé sur le journaliste dont la disgrâce a tout emporté sur son passage : vie privée et professionnelle ont volé en éclats.

Le suicide de la jeune femmes un bon prétexte pour relancer les investigations. Les hasards des rencontres (qui dans les polars sont très pratiques) font qu’il est contre son gré affublé de deux acolytes qui n’ont pas sur leur CV les éléments qui les feraient embauchés pour ce job. Le trio atypique se lance  sans réserve dans l’enquête, au risque d’y perdre leurs âmes.

Si l’affaire démarre doucement, le temps que les éléments de cette histoire complexe se mettent en place, le rythme va crescendo avec un suspens de plus en plus fort, avec un dénouement assez inattendu (malheureusement pour moi, une ouverture intempestive sur une page ultérieure m’a dévoilé par un simple mot une issue possible….).

L’un des mérites de ce roman est l’insertion de fragments de mail, d’articles de journaux, de pages web, plus vraies que des vraies, qui donne une crédibilité à l’histoire. Cette tendance se répand dans l’édition, on avait le même procédé dans Juste avant l’oubli d’Alice Zeniter. On ne s’en plaindra pas.

Quand au fond de commerce de l’intrigue, il fait appel aux sciences occultes, à la magie noire et aux pratiques sataniques, une base idéale pour distiller l’angoisse au fil des pages.

C’est un roman qui se parcourt avec frénésie et impatience ( de comprendre ce qui a pu se passer et de découvrir les conséquences des prises de risque de  nos intrépides enquêteurs).

L’ écriture est à la hauteur, particulièrement pour les dialogues et saluons aussi le travail de la traductrice qui a su très adroitement adapter des jeux de mots et expressions idiomatiques.


C’est donc une excellente récidive pour cette auteure dont on aimerait qu’elle se fasse moins rare, pour profiter plus souvent de son talent de faiseuse d’histoire.

Challenge pavés 2015-2016




Quand un pianiste apprend une partition, il en vient à connaître intimement le compositeur mort - avec tous les plaisirs et les difficultés qu'implique une relation aussi intense. Vous découvrez ainsi la ruse de Mozart, ses troubles de l'attention. Le désir de reconnaissance de Bach, sa haine des raccourcis. Le tempérament explosif de Liszt. La fragilité de Chopin.

*

Indépendance

Richard Ford







  • Broché : 608 pages
  • Editeur : Points (17 octobre 2013)
  • Collection : Points
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Suzanne-V Mayoux
  • ISBN-10: 2757837664
  • ISBN-13: 978-2757837665










Richard Ford se sert de Franck Lacombe pour proposer au lecteur une visite guidée des Etats-Unis des années 80, vue de l’intérieur agité de l’un de ses représentants. Pas ou très peu d’action, pas de rebondissements, pas de mystère caché dans le placard, ni même de tentative de faire de l’accroche en anticipant les malheurs à venir. C’est un déroulé chronologique, au fil de pensées du narrateur. Loin, très loin de la zénitude. Et si son fils, au centre du propos, a du mal à s’empêcher « de penser qu’il pense qu’il pense ». Franck lui pense en permanence au premier degré, et c’est déjà un boulot à plein temps.

Toute la première partie est consacrée à la profession de Franck, agent immobilier, aux prises avec un couple un peu paumé. C’est le talent de richard Ford de permettre à cet épisode oh combien banal, de se muer en une mine d’infos sur le fonctionnement de la société américaine middle class. Il nous propose aussi et c’est sans doute ce qui fait adhérer le lecteur, une fine analyse psychologique des personnages, au travers de dialogues savoureux.
Encore une fois, on n’est pas dans un thriller, toute l’angoisse suscité se borne à savoir si la maison sera achetée ou pas!

C’est donc Paul, 15 ans, en proie à de nombreux démons, qui va donner l’occasion à Franck de se poser dix mille questions de plus. L’ado flirte avec la délinquance, extériorise ses angoisses par des tics vocaux. le remariage de sa mère n’arrange rien. Et c’est un curieux match de ping-pong verbal qui va peu à peu créer une connivence entre père et fils. C’est à cette occasion que surviendra une sorte de drame qui modifie le rythme du récit, et les relations entre les personnages.

Reste la vie sentimentale de Franck, pas simple. Le divorce n’est pas vraiment digéré. Les relations avec Sally, sa nouvelle compagne sont ponctuelles. Mais voilà, Sally aimerait bien qu’il s’engage un peu plus, et la tension est plus que palpable. 

On comprend que ça s’agite entre les deux oreilles de notre personnage, qui doit mener de front et seul ces trois combats, et les jauger à l’aune du sens de la vie et du temps qui passe. C’est même physiquement assez éprouvant. 

Il y a quelque chose de proustien chez Richard Ford : dans le style d’écriture, avec de longues phrases très travaillées (rendons hommage au traducteur), et dans l’analyse psychologique fine des personnages, qui sont eux aussi en quête de sens, pris dans une farandole dont ils ne maitrisent pas la cadence et le but.

C’est aussi une lecture exigeante, qu’il est difficile de survoler, et qui prend donc du temps, sans  que cela soit un pensum, bien au contraire. Le roman est long et ne peut se lire que lentement. Mais l'humour allège le propos.

Pas de chance pour moi, après avoir apprécié En toute franchise, je souhaitais reprendre la saga Bascombe dans l’ordre chronologique, qui n’est pas l’ordre de parution des tomes en français.

Il eut fallu commencer par Un week-end dans le Michigan…





Je n'ai jamais compris pourquoi on irait prendre un taureau par les cornes. C'est le bout le plus dangereux.

*


Quelquefois, mais pas tellement souvent, j'aimerais bien être encore un écrivain, vu tout ce qui passe par la tête de n'importe qui et qui se perd en fumée, tandis que pour un écrivain–même un écrivain foireux–, il y a bien moins de gaspillage.

*


Me reste donc que le pire de la paternité : être un adulte. Qui ne possède pas le langage adapté; qui n'affronte pas les mêmes terreurs, aléas et ratages; qui en sait long, mais est condamné à rester planté comme un réverbère allumé, dans l'espoir que son fils en distinguera la lueur et se rapprochera pour profiter de la chaude lumière offerte en silence.

Africa trek tome 2

Alexandre et Sonia Poussin







  • Broché: 764 pages
  • Editeur : Pocket (26 mars 2015)
  • Collection : DOC RECIT ESSAI
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2266260464
  • ISBN-13: 978-2266260466











Toute lecture est une invitation au voyage : dans le temps, dans l’espace ou tout simplement dans l’imaginaire de l’auteur. Avec Africa trek, le voyage est multiple : réel, tangible et mesurable 14000 km, à pied sur les traces des premiers hommes, mais aussi spirituel, initiatique, philosophique, religieux et politique.

Ce sont les rencontres et les échanges qu’elles suscitent ou interdisent, qui constituent les bases du voyage intérieur. Le plus souvent chaleureuses, au risque d’un déchirement lors de la séparation inéluctable, parfois hostiles (la traversée de l’Ethiopie a été une épreuve lourde de souffrance et de déception face à l’ignorance et à la sottise aggravée par l’adhésion aveugle à un groupe), toujours enrichissantes cependant.

La tonalité générale de ce tome 2 est différente de ce qui ressortait de l’expédition du Cap au Kilimandjaro : la souffrance physique est plus importante, liée à l’aridité des régions traversée, et c’est aussi l’hostilité évoquée plus haut qui accentue la pénibilité. C’est aussi une expérience plus contrastée, car la pénible traversée de l’Ethiopie est suivie d’un chemin magique de rencontres et d’entraide au Soudan. 

Le pari est osé, il s’en est fallu de peu qu’Alexandre et Sonia ne fassent partie des statistiques nécrologiques, croqués par un lion, lynchés par une foule ignorante, ou desséchés en plein désert. On est loin de la sinécure touristique encadrée et aseptisée, celle qui parcourt les sites archéologiques égyptiens en bus à la queue-leu-leu.

Malgré la fatigue, l’usure des articulations, le régime ascétique, le moral reste intact, jamais l’idée d’un renoncement n’effleure le couple, qui s’étayent mutuellement dans une ferveur amoureuse remarquable. Lorsque le dépit guette, c’est une rencontre chaleureuse ou un paysage grandiose qui redonne du sens au chemin.

L’écriture d’Alexandre n’est pas une exercice led style et c’est ce qui en fait tout le charme : la spontanéité, l’authenticité du témoignage nous gagnent à leur cause, en nous faisant partager les émotions les plus diverses, positives comme négatives.

L’effort est permanent pour s’adapter à l’épreuve sportive, mais aussi à la diversité des personnes croisés, et on peut saluer l’exploit linguistique qui a conduit nos voyageurs et apprendre les bases de plusieurs langues, sésame gagnant pour s’octroyer la sympathie lors d’une première rencontre


L’arrivée est émouvante, lorsqu’à Jérusalem le couple récite la liste des noms de ceux qui les ont accompagnés par la pensée, faute de pouvoir eux-mêmes accomplir le parcours.

On peut se demander comment l’on peut se réhabituer à notre luxe quotidien d’occidental, dont la survie en terme de besoins de base ne se pose pas. D’ailleurs en 2014 les Poussin étaient à Madagascar…

Challenge Pavés 2015-2016 Babelio




Tous les hommes du monde veulent la paix. Pas les militaires ni les politiques, malheureusement.

*


On ne peut comprendre ces peuples si l'on ne comprend pas que le bétail est la colonne vertébrale de toute leur existence, la structure de leurs pensées. Banque, garde-manger, signe de pouvoir, de fertilité, arsenal, âme sœur, spiritualité, travail, passe-temps, spectacle, sujet de conversation, de poésie, de chanson, monnaie d'échange, raison d'être, d'aimer, de se battre et de mourir, Le bétail esr tout et rien existe en dehors du bétail. J'ai du bétail donc je suis : c'est le cogito pastoral
*
Les autres ont une coiffure extraordinaire, comme un serre-tête constitué de leurs propres cheveux, dont les deux extrémités, près des oreilles, rebiquent en petite corne de buffle. Des martiens. Ils nous regardent comme des martiens. Nous sommes tous les martiens de quelqu'un.


Lien vers le site :


http://www.africatrek.com/static/?id=fr:Africa_Trek

















I

Je me souviens

Martin Michaud







  • Relié: 648 pages
  • Editeur : Kennes Editions (30 septembre 2015)
  • Collection : KE.ROMAN POLIC.
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2875801678
  • ISBN-13: 978-2875801678










V’la un chouette polar que je trippe en masse! Merci infiniment à Babelio et aux éditions Kennes pour m’avoir permis de découvrir cet auteur et son univers, parfumé au sirop d’érable.

Tout d’abord, une belle première impression lorsqu’on sort le livre de son carton d’expédition : c’est un beau pavé (challenge en cours) avec une très élégante couverture noire, le nom de l’auteur en relief et une petite silhouette rouge qui tombe dans un décor urbain. Ensuite, lorsqu’on jette un oeil à l’intérieur, on découvre une belle police (un minimum syndical pour ce genre de littérature), une texture de papier agréable et des typos variées pour représenter différents documents qui interviennent dans l’enquête : bravo à l’éditeur, c’est un bel objet.

Ensuite les personnages et en tête le sergent détective Victor Lessard, un séduisant (dans l’histoire et pour le lecteur) quinqua, soucieux de son apparence (eh oui quand on s’amourache d’une jeunette , il faut assurer), une batterie complète de casseroles à trainer (alcool, dépression, séparation, deuil….) et bien sûr, très très malin pour démêler des affaires complexes. Le couple professionnel qu’il forme avec Jacinthe, boulimique compulsive, un vocabulaire de charretier, une apparence originale, est un vrai régal (un peu le pendant de notre Adamsberg national avec Rétancourt).

Plus une palette de personnages secondaires bien campés, l’équipe est gagnante.

On n’est pas dans le polar sociologique, mais plutôt sur de l’espionnage. Comme l’auteur s’en explique en post face, à partir de faits réels, on imagine ce qui aurait pu se passer. Et là on n’est pas déçu, l’intrigue est complexe à souhait, l’enquête riche en fausses pistes et chausse-trappes pour le lecteur qui pense avoir tout compris. Ça se dévore avec avidité, tant le chemin pour parvenir à une explication est captivant. On peut y ajouter des embrouilles perso pour Lessard, dont le fils fricote avec des nazillons profanateurs de tombes, ce qui montre bien que le sergent détective est multi-tache, avantage incontestable lorsqu’on est à ce point badloqué*.

Enfin, dernier commentaire, argument majeur dans l’attrait suscité par ce polar, les dialogues savoureux, (l’avantage de les lire plutôt que de les écouter est qu’on peut aisément les comprendre), et la verve de Jacinthe leur donne un relief très plaisant.

C’est un coup de coeur qui m’a fait me précipiter sur les autres tomes qui mettent en scène le sergent détective, afin  de découvrir à l’envers,  le parcours qui l’a conduit là où il en est. Avec l’espoir que les aventures ne sont pas terminées, et que l’on pourra se régaler de la suite. 


*malchanceux.

Challenge Pavés 2015-1016 Babelio




Électrocardiogramme à plat. Ça lui avait fait un petit pincement au cœur quand la remorqueuse avait emmené la dépouille, mais il s'était consolé en se disant que sa voiture avait connu la fin dont il rêvait pour lui-même : se coucher un soir pour ne plus jamais se réveiller.

*

La lutte pour le territoire se déroulait à un autre niveau. Ils étaient engagés dans la guerre des boutons : il montait le chauffage, elle le baissait ; elle syntonisait une station de radio, elle en mettait une autre.



Cent ans

Herbjørg Wassmo




  • Poche: 600 pages
  • Editeur : 10 X 18 (18 octobre 2012)
  • Collection : Domaine étranger
  • Langue : Français
  • Traduction (Norvégien) : Luce Hinsch
  • ISBN-10: 2264055464
  • ISBN-13: 978-2264055460






En comparaison avec  l’immense (à plus d’un titre) livre de Dinah, saga familiale potée par une héroïne hors du commun, Cent ans apparaît comme un récit édulcoré, simplement en raison de la personnalité de ces trois générations de femmes, plus ternes peut-être, plus humaines sûrement, dans un récit plus intimiste.

C’est là la principale différence, car l’on retrouve  le cadre particulier de cette Norvège septentrionale, où le progrès arrive à pas feutré, porté par ceux qui perçoivent le vent du changement. La vie est dure, physiquement, mais la beauté de l’environnement qui séduit au fil des saisons, sans lassitude, rend acceptable ces contraintes. Et puis, à cette époque, les progrès de la communication sont trop embryonnaires pour susciter des envies que l’on interprète en besoin. C’est un séjour à Christiana (future Oslo) qui accentue le contraste du décalage temporel entre la ville et les terres rurales du Nord, sans pour autant induire un reniement des racines pour la famille.

Terre éprouvée aussi, par l’occupation allemande et son lot de drames humains, perçus comme autant d’injustices.

Les faits relatés sont banals, ce sont les épisodes de vies ordinaires, quelle que soit l’époque : amours déçues, ambitions étouffées, conflits de couples ou ruptures familiales. C’est aussi le portrait de destin de femmes sacrément courageuses, que la tâche n’effraie pas et qui peu à peu s’usent avec la succession des grossesses.

La forme est un peu déroutante, car la chronologie est très fantaisiste et l’on se surprend en cours de lecture à revenir au début pour trouver un arbre généalogique, qui n’existe pas…Un petit effort de réflexion peut être nécessaire pour resituer les personnages lorsque l’on change d’époque d’un chapitre à l’autre.

Si je devais donner un conseil: commencer par celui-là avant de se plonger dans la trilogie de Dinah, qui a une dimension romanesque beaucoup plus marquée. A noter le plaisir tout de même de retourner dans Cent ans l’un des personnages de la trilogie de Dinah.

La bonne surprise siège dans la dernière phrase, qui peut en quelques mots apporter un éclairage différent sur ce que l’on a entre les mains. Je n’en dis pas plus. 




Fritz Jensen était allé chercher le livre et s'assit confortablement dans le meilleur 
fauteuil du salon. Puis sa voix s'éleva dans la pièce, transformant tout ce qu'elle contenait. Les meubles et les gens. Tout disparut aux yeux de Sara Susanne.


Le livre des choses étranges et nouvelles

Michel Faber







CollectionLittérature étrangère
Parution01 octobre 2015
Livre



Traduction
(Anglais)
145 × 220 mm 624 pages
EAN : 9782823608595
Matthieu Dumont et Arthur Lochmann.
Existe en version numérique 




Ces choses étranges et nouvelles que le titre évoque ne le sont que pour le public qui les reçoit, qu’on le nomme oasiens, aliens, ou d’un mot qui se rapproche le plus de leur langage les SLM. Car le pasteur Leigh effectue une très lointaine mission, après un voyage intergalactique en hibernation pour rejoindre une équipe de terriens qui eux aussi ont quitté notre planète moribonde.
Il a laissé en Angleterre sa compagne, témoin à distance de la folie des humains et de la colère des éléments qui se déchainent : guerres atomiques, tsunamis et effondrement d’un système non viable.

Cette mission serait-elle une alternative pour sauvegarder l’espèce humaine? Les choses ne sont pas si claires que cela. Les membres de l’équipe ont été choisis selon des critères obscurs, et en tout cas ce sont pas des spécimens dont le profil génétique et social permet d’envisager un nouveau départ.

De même, notre évangéliste n’est pas un conquérant. D’ailleurs , les étranges êtres qui peuplent la cité locale sont on ne peut plus dociles et bienveillants vis à vis à la parole divine. Ils sont curieusement avides de médicaments et les troquent contre la « fleur blanche », ressource naturelle qui évoque la manne, et qui permet aux humains de fabriquer des succédanés de leurs mets habituels. Pas d’agressivité,, beaucoup de méfiance, on n’est pas dans un récit d’éradication de l’autochtone pour s’établir dans un nouveau monde.

Tout ceci est assez peu original et a été mille fois écrit. Alors qu’est-ce qui fait la différence pour ce roman qui relève clairement de la science-fiction? 

C’est la manière dont est analysée l’évolution psychologique du personnage principal. Isolé à des années lumière de sa terre d’origine, témoin impuissant du chaos qui s’y installe, et conquérant sans obstacle d’un peuple étrange et rallié sans restriction à sa cause. C’est un univers lisse, qui rend fou, qui fait voler en éclat les repères temporels, et  les bases de la communication en usage chez les humains. A vaincre sans péril, on perd son âme, et son passé.

L ‘ambiance est très particulière, en raison du décor, mais pas uniquement. 
Une suite serait-elle envisagée? Beaucoup de questions restent en suspens : la nature et les intentions des indigènes, les buts réels de cette mission, le devenir de la terre….

Il y a la matière à poursuivre le propos, dont je serais une lectrice inconditionnelle.





Je ne suis jamais allé au catéchisme. J'ai fait l'école des hautes études éthyliques et toxicomaniaques. Un parcours professionnalisant en décoration intérieure de cuvettes de WC avec des stages répétés en cellule de dégrisement

*

C'est ainsi que fonctionne le cerveau humain : il filtre les rapports intimes et les perceptions, les faisant dégoutter à travers le tamis de la mémoire, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'une poignée, pas même nécessairement les plus marquants.

*

Padre, ne me dites pas que vous êtes un de ces chrétiens décaféinés qui se trimballent avec des hosties sans cholestérol? Garanti sans dogmatisme, pauvre en culpabilité, faible teneur en jugement dernier, 100% de sectarisme en moins, sans apocalypse ajoutée?Peut contenir quelques traces de Juif crucifié.

Nous sommes éternels

Pierrette Fleutiaux





  • Poche: 943 pages
  • Editeur : Gallimard (2 octobre 1992)
  • Collection : Folio
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2070385485
  • ISBN-13: 978-2070385485











C’est une tâche ardue que de synthétiser sans trahir un récit-fleuve. Le petit ruisseau qui en résulte n’est qu’un pâle reflet de la complexité ressentie.
Ce sont  longues confidences que la narratrice livre à une rédactrice virtuelle, qui devient la détentrice de lourds secrets de famille, lentement distillés au fil des pages.

L’histoire commence avec les premiers souvenirs d’Estelle, lorsque sa conscience s’est éveillée, à la naissance de Dan.Ces deux-là, ce couple indissociable, se sont construits sur des fondations mouvantes,, les briques qui forment l’édifice sont scellées avec un ciment fragile, nourri par l’imagination fertile de l’enfance : des bribes de phrases, de simples mots, les courtes scènes d’un décor incompris sont le terreau d’une histoire phantasmée. 

Le discours offre peu de répit au lecteur : la logorrhée imprime son rythme au récit, reflet d’un délire exutoire et cathartique. Point d’ennui cependant, la magie opère et l’on est embarqué sans résistance. Les révélations finales constituent le point d’orgue qui d’une construction lente, peu à peu annoncée, révélée à petites touches. C’est un tour de force que de réussir à garder captive l’attention du lecteur sur un si long monologue. L’écriture et la puissance du personnage narrateur en sont la source.
L’auteur a une façon de dire les choses sans les dire tout en les disant : c’est ainsi qu’Estelle qui passe un an à New-York sans être capable d’en parler, sans avoir vu tout ce que l’on peut y voir, permet quand même au lecteur de visiter la ville. Et il en est ainsi de l’histoire, c’est sans fracas, à petites touches que des événements dramatiques et fondateurs sont amenés.

C’est avant tout une histoire d’amours, qui se rient des tabous, mais s’enferment dans des silences mortifères. L’écriture est le support de la résilience, quand les révélations viennent altérer le sens d’une vie construite sur des mensonges. 

Autant dire que ce roman comptera parmi les livres qui marquent : on ne sort pas indemne d’un tel récit.

Challenge Babelio Pavés 2015-2016




Le malade peut à peine parler mais la voix de la maladie est triomphante, elle étale avec une impudeur effroyable ses enflures et ses crevasses, de lionnes mendiants de Bosch sont pitoyables, mais grossis par la loupe, les hommes disparaissent. il ne reste plus que la maladie, la radieuse, exubérante maladie.

*

Attirer le regard.
L'expression est si banale, mais si l'on pense que le regard attiré a sa source dans des yeux, que ces yeux sont comme des lacs dans une tête, que la tête elle-même est comme un sommet sur un corps, que ce corps d'où s'élance le regard peut se mouvoir, prendre des trajectoires, on comprendra la force que peut révéler cette attraction exercée sur les regards : une force à déplacer les montagnes.

*

Alors je me demande lequel, de l'avenir ou du passé, influe l'un sur l'autre, si le temps n'est pas plutôt une immense étendue plate couverte de fils se rejoignant en tous sens, si tous ceux qui veulent chercher une histoire ne font pas que s'y empêtrer, tirant au hasard dans leurs mouvements une figure toute aussi bien qu'une autre.

N'éteins pas la lumière

Bernard Minier







  • Poche: 704 pages
  • Existe en version numérique
  • Editeur : Pocket (12 février 2015)
  • Collection : Pocket thriller
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 226625510X
  • ISBN-13: 978-2266255103






Harcèlement, manipulation et traque sont les ingrédients d'une bonne recette de thriller, de ceux qui vous maintiennent éveillé une partie de la nuit. 

L'affaire est ici menée de main de maître, dans un roman qui n'est pas sans rappeler les premiers succès de Douglas Kennedy, Cul de sac ou Une relation dangereuse, avec cette descente aux enfers inéluctable, dont on se demande par quel miracle la victime pourrait s'en sortir.

C'est à Toulouse, la ville de l'aérospatiale que Bernard Minier campe le décor. Tout se met en place avec l'arrivée d'une lettre anonyme déposée dans la boîte aux lettres de Christine : la,lettre d'un désespéré . Et puis c'est l'escalade, menaces physiques, piratage de messagerie, calomnies, conduisent la jeune femme au bord du suicide.

Comme cette autre jeune femme morte il y a un an. Affaire classée : suicide d'une déséquilibrée. Alors pourquoi le commandant Servaz reçoit-il des messages laconiques concernant cette affaire , alors qu'il séjourne dans un établissement pour flics cassés? 

Le roman est construit comme un opéra, en trois actes, avec un tempo attribué à chaque chapitre. Ajoutons à cela la musique de Mahler, il s'en faut de peu, pour que l'on accompagne la lecture d'un fond musical assorti. le procédé est justifié : de nombreux opéras se terminent par la mort des héroïnes. 

Les personnages sont des éléments majeurs de la réussite du roman : le flic à la ramasse, la jeune femme fragile au passé sombre, autour desquels gravitent des citoyens énigmatiques, qui entretiennent le doute.

L'évolution psychologique des acteurs de l'intrigue est très bien rendue, et participe à l'accrochage du lecteur. La solution de l'intrigue n'arrive que dans les toutes dernières pages, alors que le lecteur s'est engagé dans différentes hypothèses qui sont autant de fausses pistes.

Excellent thriller, chaudement recommandé à tous les amateurs du genre.

Challenge Babelio pavés 2015-2016.








Une enquête au long cours, c'était comme un nouvel alphabet à déchiffrer : certains mots étaient plus importants que d'autres mais au départ, rien ne permettait de les distinguer.


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La société des objets magiques ⭐️⭐️⭐️⭐️

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