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Les voleurs d'innocence ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

 Saraï Walker 












Elles sont six, six enfants au prénom de fleurs, un si beau bouquet que pourtant la malédiction familiale menace. Leur mère a perdu sa propre mère lors de sa naissance et celle-ci avait vécu le même sort. Pour cette génération de jeunes filles, le destin frappe beaucoup plutôt, le jour même de leur mariage. Les prédictions de la mère, que seule Iris, la quatrième de la fratrie semble comprendre, n’y feront rien. 


Certes le propos est sombre et pourtant on est rapidement happé par cette histoire qui renvoie à la manière d’un conte à une réflexion sur le sort des femmes, au coeur du vingtième siècle. N’est-ce pas une sorte de petite mort que de se retrouver confinée entre quatre murs, fussent-ils richement garnis, pour œuvrer dans l’ombre des homme s qui accomplissent leur destin, délestés des charges du quotidien  ?



J’ai aimé les portraits de ces jeunes filles et l’ambiance parfois à limite du fantastique. 


La deuxième partie est très différente, tant dans le contenu que la forme. Il est sans doute difficile de terminer une telle histoire. Mais le propos reste intéressant.


C’est un récit très féministe, dont la tendance est d’accuser le monde masculin de tous les maux que subissent les femmes, au point de ne leur reconnaître qu’une utilité accessoire 


« Je n'ai jamais laissé beaucoup de place aux hommes dans ma vie, mais il est utile d'en avoir dans les parages lorsqu'il faut porter les objets lourds »


Belle découverte que ce roman écrit à la manière d’un conte, dont le décor rend racine dans notre passé récent. 


Merci à l'équipe des Bibliomaniacs pour leur podcast consacré à ce roman, et qui m'a donné envie de le découvrir 



624 pages Gallmeister 24/08/2023

Traduction Janique Jouin-de Laurens 







Elle avait toujours ressenti un lien avec le monde des esprits, à cause des circonstances qui avait entouré sa naissance.


*


Les tableaux de Van Gogh n'étaient pas totalement réalistes, mais pas non plus comme les œuvres des expressionnistes abstraits, ils se situaient entre les deux ; une réalité reconnaissable, mais légèrement détraquée.


*


Je n'ai jamais laissé beaucoup de place aux hommes dans ma vie, mais il est utile d'en avoir dans les parages lorsqu'il faut porter les objets lourds.




Sarai Walker


Sarah Walter est diplômée en écriture créative. Ses articles sont notamment publiés dans The New York Times et The Guardian ainsi que dans des magazines pour adolescentes. Après avoir réalisé sa thèse entre Londres et Paris, elle vit actuellement à New York et enseigne la littérature dans plusieurs universités américaines. 


La mort porte conseil ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Hervé Paolini  












L’homme qui parle éveille d’emblée un sentiment de compassion : les coups humiliants qu’il subit régulièrement la part du fils de son épouse lui confèrent indéniablement le statut de victime. La situation semble inextricable d’autant que la mère du trublion reste indifférente au problème. 


Pourtant et malgré le son de cloche unidirectionnel, le lecteur découvre peu à peu une autre vérité, bien machiavélique. Les personnages se nimbent au fil des lignes d’une aura joliment sinistre tandis que la violence progresse !


Ce roman noir est construit de façon originale, sous forme d’une confession qui fait entrevoir lentement mais surement l’envers du décor. Le discours du narrateur est savamment dissonant, alternant entre les intentions louables de préserver son entourage et les révélations étonnantes de son passé peu reluisant en matière de fidélité ! Un peu d’humour (noir, lui aussi) permet d’alléger le propos.


Le résultat est un roman addictif, chaque page et chaque chapitre donnant envie d’en savoir plus !


Un premier roman à l’ambiance très réussie !




208 pages Serge Safran 8 septembre 2023







 Quelle histoire à dormir debout aurais-je pu inventer ? Comment expliquer une brûlure de cigarette en plein milieu du front de Félix Bernardini ?Les gens jasaient assez comme ça.


*


Dienzur, Kazi (bien sûr, vas-y, les mots sont sortis comme ils ont pu) ; il a saisi le sens de mon invitation, la taille de ma langue ne me donnait plus d’amplitude pour former les consonnes.




Hervé Paolini


Hervé Paolini est né à Paris en 1960. Depuis les années 90, il travaille dans la communication et partage sa vie entre New York et Paris où il vit désormais. La mort porte conseil est son premier roman. 


Les âmes errantes ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Cécile Pin 












Des embarcations de fortune aux premiers pas sur une terre étrangère, en passant par les camps de transit, le voyage est une lutte perpétuelle pour la survie et une blessure indélébile qui donnera une teinte grise à l’avenir, même porté par les promesses faites aux disparus.


La guerre du Vietnam a initié ces traversées de tous les dangers, obtenues pour des sommes considérables, pour fuir une mort certaine dans le pays d’origine. Après une première étape à Hong-Kong et déjà la découverte du pire, Anh et ses deux jeunes frères vivent l’exil et ses déconvenues. L’Amérique tant convoitée restera un rêve finalement rejeté, et c’est en Angleterre que la vie suivra son cours. 


A la manière de cette photo d’une petit garçon échoué sur une plage de Méditerranée, les mots qui construisent le récit créent une proximité avec les victimes de ces drames, que malheureusement leur fréquence et leur évocation entre d’autres faits divers ont banalisé. A travers le destin tragique de la famille d’Anh, c’est à chacun des émigrants que l’on rend hommage.


« Savoir permet de se souvenir, et se souvenir c’est rendre hommage, je veux que tous les morts soient honorés . Je veux des monuments, des statues, des poèmes en leur mémoire. Je veux des podcasts, des séries documentaires en dix épisodes, je veux notre Apocalypse Now à nous. »


Entre les chapitres de l’histoire familiale, la parole superbement est donnée aux âmes errantes, perdues sur le chemin, et à qui ce récit rend hommage. 

Pour inscrire le roman dans le contexte, l’autrice intercale également des extraits de reportages ou des documents officiels qui attestent de la réalité de ce que l’on lit.



Triste et nécessaire, à la fois pour se souvenir d’un passé pas si lointain mais ne pas oublier que le sujet est encore et toujours d’actualité. 


Merci à Netgalley et aux éditions Stock.



288 pages Stock 23 août 2023

Traduction : Carine Chichereau 

#Lesâmeserrantes #NetGalleyFrance





Cecile Pin




Cécile Pin a grandi à Paris et à New York. 

Elle a déménagé à Londres à dix-huit ans pour étudier la philosophie à l'University College de Londres, suivie d'une maîtrise au King's College de Londres. Elle écrit pour Bad Form Review et est lauréate des London Writers Awards 2021. Son premier roman Wandering Souls a été sélectionné pour le Women's Prize et sera publié dans onze territoires en 2023.


La mémoire délavée ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Nathacha Appanah











Ce récit est un retour aux origines. A l’histoire familiale dans ce qu’elle a gardé grâce aux transmissions orales. Depuis l’arrivée des arrières grands-parents, père, mère et trois enfants, affublés d’un numéro d’identification et immédiatement affectés à une plantation pour un salaire de misère, permettant à peine de se nourrir. Et puis il y aura ce grand-père qui a osé la rébellion et a entrainé toute la famille dans la disgrâce. 


De l’universel à l’intime, le récit célèbre la mémoire de ces ancêtres, mémoire en partie estompée par les non-dits et les erreurs volontaires ou non.


Hommage émouvant à ceux dont les vies ne contaient guère pour ceux qui ne voyaient que le profit à tirer cette main d’oeuvre soumise.


160 pages Mercure de France 31 août 2023







Tant quand il y aura des mers, tant qu'il y aura la misère, tant qu’il y aura des dominants et les dominés, j'ai l'impression qu'il y aura toujours des bateaux pour transporter les hommes qui rêvent d'un horizon meilleur.


*


Mon esprit les a lavés, ses ancêtres, essuyé leur visage, coiffé leurs cheveux, habillés de vêtements propres, éloignés des cales de bateau et de la perspective du labeur quotidien des champs de cannes. C'est une image presque proprette. C'est une mémoire délavée.


Nathacha Appanah


Nathacha Appanah est une romancière mauricienne, vivant en France, née le 24 mai 1973 à Mahébourg ; elle passe les cinq premières années de son enfance dans le Nord de l'île Maurice, à Piton. Elle descend d'une famille d'engagés indiens de la fin du XIXe siècle, les Pathareddy-Appanah. 

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Rien ne t’appartient 


Proust, roman familial

 Laure Murat 












Avec Proust, tout est possible. Rester à la porte de l’oeuvre sans parvenir à trouver la clé de lecture ce roman si célèbre ou tomber en amour pour la vie et devenir « proustien » ! 


Pour Laure Murat, c’est bien entendu la deuxième voie qui convient, mais pas pour les mêmes raisons que le commun des lecteurs. En effet, c’est sa propre histoire qu’elle identifie dans les pages mythiques. 


En raison de la description pointue du monde de l’aristocratie du début du vingtième dont elle-même est issue, elle comprend les clés de fonctionnement de sa propre famille. 


« en arrachant un à un les masques de la légende, en piochant consciencieusement le mythe jusqu'à l'os, Proust ne m'a pas seulement délivré des poncifs et autres platitudes, attachées à la noblesse pour substituer du sens et de la profondeur. »



Par ailleurs le thème de l’homosexualité et la façon dont Proust aborde le sujet dans La Recherche la renvoie à  sa propre disgrâce au sein de sa famille lorsqu’elle a osé braver les non-dits d’usage autour de ce sujet tabou.


C’est finalement une famille de substitution que Laure Murat a trouvé dans ces pages dont elle est devenu une spécialiste et qu’elle a enseigné à peine arrivée aux USA. 



Si le nombre des lecteurs de La recherche est relativement faible en regard de la célébrité de l’auteur (on constate que passé le premier tome, peu poursuivent la découverte de l’oeuvre) , le nombre d’ouvrage consacré à l’œuvre ou à l’auteur est assez considérable, et le plus souvent intéressant tant ces 2500 pages recèlent de thèmes différents. Le récit de Laure Murat présente l’originalité de joindre son histoire personnelle, qui sort du commun. Comme une transfuge de classe à rebours, elle y confie ses drames et ses regrets.


Les références bibliographiques sont nombreuses et ouvrent de nouvelles perspectives d’exploration. 


A conseiller à tous les amateurs de Proust.  Mais les lecteurs qui ne se sont pas encore lancés dans l’aventure pourraient y trouver de bonnes raisons de le faire 



256 pages Robert Laffont 24 aout 2023








L’aristocrate est, par excellence, quelqu’un qui se prend pour un aristocrate. 


*


Proust aurait-il trouvé dans la perfection rituelle et vide de l’aristocratie l’esquisse, le schème imaginaire de son grand-oeuvre -plein de sens, celui-là-, qu’il désirait bâtir comme une cathédrale, fût-elle inachevée, une dentelle gothique, une robe ?




Laure Murat


Diplômée de l'EHESS (2004) et docteur en histoire (2006), Laure Murat est chercheuse spécialisée dans l'histoire culturelle.

Elle est actuellement professeur au Département d'études françaises et francophones de l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA).



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