Franck Bouysse
Marie est née pendant la grande Guerre, la Der des ders, qui pourtant n’a été que l’annonce des suivantes. Privée d’un père, parti au front puis revenu brisé comme tant d’autres. Une petite blessure qui se voit à peine, mais un grand désastre intérieur. C’est cela aussi que raconte ce roman.
Marie grandit, avec des rêves d’ailleurs, et le soutien de sa mère qui malgré ses capacités n’a pas poursuivi des études au-delà du certificat. Finalement l’amour déjouera ces plans de conquête d'un autre statut et c’est à la ferme familiale que Marie passera sa vie, avec Clément, le beau jeune homme à la voix d’ange qu’elle a entendu à l’église.
C’est donc dans une France profondément rurale que l’on traversera le vingtième siècle, avec pour toile de fond une petite ferme en autosubsistance, des gens simples attachés aux traditions, et pas encore soumis aux diktats de l’économie agricole mondialisée.
Des drames jalonnent l’histoire, les deuils se succèdent, les joies aussi, les naissances et l’amour malgré tout, celui des parents de Marie, puis de Marie et Clément. De la bienveillance et la volonté de bien faire. Mais les turbulences de la deuxième guerre révèleront des personnalités indignes que les circonstances amèneront au grand jour.
C’est une histoire émouvante, un très beau condensé de ce que fut ce vingtième siècle, une période que l’on sent en pleine ébullition, une modernité prête à surgir avec son lot de conséquences plus ou moins positives.
Le récit se fait plus simple que dans les romans précédents de l’auteur, la nature y est certes présente mais moins prégnante (très peu de vocabulaire botanique, en comparaison avec les romans précédents de l'auteur !) .
Une belle lecture que la dernière phrase justifie.
288 pages Albin Michel 20 septembre 2025
Un homme qui en tue un autre est aussi mort que sa victime, sinon, il ne serait pas vraiment un homme. La guerre, elle ne fabrique pas de héros, elle fabrique du malheur, la laideur la plus absolue.
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C'est terrible de constater que la mort fait vivre les gens, que ces gens-là font tout pour qu'une guerre revienne les engraisser.
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Voilà où ça mène le monde aujourd'hui ! Toutes les formes du vivant sont tôt ou tard, vouées à disparaître. Il semblerait que le seul but de l'évolution d'une espèce soit à la conquête d'un monde qui conspire à sa perte dès son apparition. Les humains en sont l’irréfutable preuve. Dans l'histoire, leur intelligence n'aura été qu'une forme transitoire de leurs bêtises.
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Nous sommes capables de cartographier, le génome humain, d'identifier des anomalies, mais nous ne sommes pas en mesure d'évaluer quelle part du vécu de nos aïeuls , imprègne réellement, ce bruit de fond dans nos cellules qui rôde comme un fantôme. Qu'est-ce qui se perd et se conserve dans le grand délayage héréditaire ? Qu'est-ce qui s'endort ? Qu'est-ce qui disparaît à jamais ?
Né en 1965, Franck Bouysse est un écrivain français.
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