Abonnés

Affichage des articles dont le libellé est Roman littérature française. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Roman littérature française. Afficher tous les articles

Tiré de faits irréels ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Tonino Benacquista  











Bertrand Dumas est éditeur, mais plus pour longtemps, ses choix élitistes et la concurrence peu soucieuse de qualité expliquent sans doute grandement le constat d’échec d’une carrière pourtant entamée il y a quarante ans avec enthousiasme et foi en la littérature !


Après un prologue superbe, on découvre le marasme de la situation financière d’une maison d’édition !


Même si les jeux sont faits, il cherche encore, à la veille de comparaître  au tribunal, des moyens de s’en sortir et de ne pas fermer la porte. Relancer un potentiel mécène dont le cynisme désappointant est sans commune mesure avec l’illusion d’amitié qui les liait, bousculer l’auteur un peu lent dans sa production.. et d’autres opportunités , mais qui lui ferait vendre son âme. Plutôt la mort que la souillure…


C’est bien entendu l’occasion de  s’immiscer dans le milieu de l’édition, de ses compromis, de la difficulté des choix éditoriaux entre facilité de vendre des sous-produits et le risque financier de publier des romans invendables ….


Il est maintenant de ses auteurs qui aiment tant publier, et si peu écrire et qui en se relisant ce disent ça passe au lieu de se demander si ça reste.


Le sujet est maitrisé par l’auteur, sa description des affres de l’écrivain peu connu près à haranguer le badaud qui hante les allée d’un salons du livre pour que l’on s’intéresse à son ouvrage tandis que les auteurs à succès se voient gratifiés de files interminables …


Un peu d’amertume, beaucoup d’humour, grinçant, pour ce roman. On y trouve une sorte de code moral de l’éditeur : 


Oublie tes références érigées en système, oublie comment un manuscrit est arrivé jusqu'à toi, et qui te l’a recommandé, oublie le nom de l'auteur, s'il en a un, ses antécédents ou sa notoriété, lis ce que tu as en main et non ce que tu aurais aimé lire, et c'est à ce prix que tu garderas, intacte, malgré l'usure, ta capacité d’étonnement.


Le roman est agréable à parcourir, même s’il ne révèle pas de vérités cachées. le coeur du récit est un peu moins attractif. On note malgré tout quelques phrases bien assénées, un délice pour isoler des citations !



192 pages Gallimard 6 mars 2025









Si le passé et le futur étaient virtuellement formulés, et si toutes les vérités humaines étaient d'ores et déjà contenues dans des phrases, à quoi bon, se targuer d'un libre arbitre ou de se prévaloir d'une pensée ?


*


Le BOULEVERSANT d'aujourd'hui est le FORMIDABLE d'hier, et SUBLIME sera le BOULEVERSANT de demain.

Tonino Benacquista

Né en 1961, Tonino Benacquista est un écrivain et scénariste français.  


Lire aussi


Malavita


Tout à l'ego


  

Frapper l'épopée ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Alice Zeniter












A Nouméa, Tass enseigne le français, dans un lycée professionnel. Elle y vit seule, et semble vouloir y rester, malgré la pression de sa mère, qui est retournée en métropole après l’accident de voiture fatal de son mari, lui était originaire de l’île, même si le fil du roman nous fait découvrir la complexité des racines, faites d’un métissage multiple, au hasard des mouvements migratoires et des cahots du colonialisme. 

Deux élèves de sa classe, des jumeaux fusionnels attirent son attention, par leur attitude, d’autant qu’ils portent un petit tatouage qui suggère leur sympathie pour un mouvement que les autorités qualifient de terrorisme.



L’’histoire actuelle de l’Archipel, sur les trente dernières années, marquée par un climat de violences sur fond de revendications politiques et sociales est loin d’être simple. Mais comment pourrait-elle l’être quand un peuple se construit sur des bases mouvantes dont le seul point commun est une gouvernance aveugle à la recherche du profit et d’un lieu suffisamment lointain pour bannir de sa vue les indésirables du pays  au mépris de siècles d’évolution culturelle propre ? 


Un roman intéressant, qui mêle adroitement la grande histoire et une intrigue rencontrée sur des personnages dignes d’intérêt, avec juste ce qu’il faut de réalisme magique, qui sera une belle porte d’entrée sur le monde des ancêtres, riche d’enseignement. 


352 pages Flammarion 21 Août 2024







Il se représente Gérald Darmanin comme les lapins au chocolat, qu'on trouve pour Pâques : au premier coup de dents, leur enveloppe creuse tombe en miettes. Après ça, ça fond sur le canapé, c'est pénible.


Alice Zeniter






Née en 1986, Alice Zeniter est une romancière, dramaturge et metteur en scène française.


Lire aussi : 


L’art de perdre 


Comme un empire dans un empire


Juste avant l’oubli 


Qui après nous vivrez ⭐️⭐️⭐️⭐️

 Hervé Le Corre











Le post apocalyptique est très tendance. De nombreux romans s’emparent de nos angoisses, sans doute légitimes, pour ce qui s’annonce dans un futur plus ou moins proche. C’est bien le propos d‘Hervé Le Corre dans ce roman qui se situe à la fin de notre siècle, alors que tout part  en vrille. Effondrement de la natalité, épuisement des ressources, mettant à la rue des millions  d’humains en quête de survie, au prix le plus souvent d’une violence désespérée. 


De mère en fille, elles se racontent, Rebecca, Nour et Alice, qui jouent aussi le rôle de repère temporel dans le brouillard de ce chaos permanent. 


Car  il faut être clair, le propos est désespérant : le comportement des humains a fait un bond en arrière de plusieurs centaines d’années « un nouveau moyen-âge », la lutte pour la survie est le seul leitmotiv, et génère de multiples scènes de guerre, avec son cortège de viols, tortures, et meurtres odieux. Seul le microcosme des personnages que l’on suit tente de garder un cap où la résilience, l’empathie et l’entr’aide auraient encore un sens. Même les expérimentations de reconstruction d’une société organisée sont l’occasion pour de petits chefs de régner en despote sur une communauté aliénée de tous ses droits (je n’ose même pas aborder le statut des femmes…)


Roman noir, sombre, désespérant, qu’il vaut mieux aborder entre deux feel-goods, même si on n’est pas aficionado du genre. 

Malgré tout -, pour les plus aguerris, on peut reconnaitre la qualité de l’écriture et la puissance d’évocation de ce texte glaçant. 


400 pages Payot et Rivages 10 janvier 2024








C'est donc en train de se produire, ce désastre global, après 30 ans de guerres, de pandémies, de terres submergées, brûlées, désertifiées, irradiées, avec ses millions et millions de déplacés, enfermés dans des camps, ces infravilles  surpeuplées, où l'on crève derrière les clôtures de fer et d’électronique.


*


Au matin c'est une journée de plus. Comme hier. Et demain. Un temps figé dans la répétition. Le passé se prolonge dans le présent comme une séquelle et le futur se dérobe, se refuse à toute conjugaison.


*


Depuis longtemps, on espérait plus rien pour les enfants, sinon leur éviter le pire.




Hervé Le Corre



Hervé Le Corre est un auteur de roman policier français.



Clara lit Proust ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️❤️

Stéphane Carlier 













Gros coup de coeur pour ce roman qui est à la fois un hommage à la lecture et à un écrivain marquant du vingtième siècle.


Proust, c’est pour beaucoup de lecteurs, une expérience éprouvante, un sentiment d’échec, face à la complexité de l’écriture. C’est aussi pour d’autres, sont-ils aussi nombreux ? la révélation d’un style et une plongée au coeur des mystères de la mémoire et de la création 


Lorsque le roman commence, Clara ne fait partie d’aucune de ces deux catégories. Une revue de sa maigre bibliothèque montre bien que la lecture ne fait pas partie de son quotidien, partagé entre les mises en plis des clientes et la conscience de l’impasse existentielle de son couple.


Pourtant, un livre oublié par Claudie au salon attire son attention. Pas séduite immédiatement par les premières lignes qu’elle parcourt, elle y revient cependant, avec l’intuition que ces phrases recèlent quelque chose de pas ordinaire. Jusqu’à l’illumination et une lecture passionnée de A la recherche du temps perdu, qui changera le cours de sa vie.


Il est vraisemblable que tout admirateur de Proust se sentira gagné par une empathie grandissante vis à vis de cette jeune femme à mille lieues des instances littéraires officielles, mais qui ressent avec son coeur et ses émotions les messages véhiculés par le célèbre auteur.


On aime aussi cette affirmation claire, que certes l’écriture est déroutante, et nécessite un effort surtout lorsque l’on aborde pour la première fois l’oeuvre, mais que malgré tout elle est accessible. Et surtout une fois passé l’écueil technique, en lisant lentement et même à voix haute, lorsque l’on est approprié ce rythme et la mélodie de ces phrases, que de bonheur !



Convaincue avant même d’avoir ouvert la première page que ce roman (je parle de celui de Stéphane Carlier !) serait pour moi, le résultat est au delà de mes attentes. J’adore ! (Et j’aime aussi plus que tout la Recherche …)


192 pages Gallimard 1er septembre 2022








Combien de fois, pendant sa lecture, son esprit a quitté les mots pour se lancer dans une liste de courses ou lui rappeler une conversation qu’elle avait eue dans la journée au salon. Lenteur et vigilance , détente et concentration. Proust, c’est son yoga.


*


Seulement, elle n’imaginait pas écouter plus longtemps ses parents et JB débattre des avantages comparés du livret A et de l’assurance vie, et encore moins les accompagner lors de la promenade à pas lents qui va suivre, alors que le baron de Charlus vient de faire son apparition dans la Recherche comme une grosse mouche qui se pose sur une boule…


*


Il faut prendre son temps, faire des pauses. Maintenant, quand je le lis, j’ai l’impression de l’entendre me parler.




Stéphane Carlier


Stéphane Carlier est un écrivain français né en 1971.




Du même auteur


Les perles noires de Jackie 0.

L'enterrement de Serge 

La poupée qui fait oui ⭐️⭐️⭐️

Agnès de Clairville 











Recourir à la fiction pour exorciser sa propre histoire : Agnès de Clairville l’annonce d’emblée. Puisque les lois sont ainsi faites que la reconnaissance tardive est impossible, que le viol est prescriptible, comme si le temps effaçait le forfait, et qu’il existait un délai au-delà duquel la victime cesserait de vivre les conséquences de l’agression.


Le roman met en scène une galerie de personnages qui gravite autour d’une jeune fille, douée, cadrée par les principes éducatifs d’une famille qui s’accroche à la tradition. Lorsqu’Arielle découvre une certaine forme de liberté dans une école d’ingénieur, elle y explore avec avidité les promesses d’une sensualité naissante.


Le roman s’ouvre sur un épisode de bizutage violent, bête, consacrant l’humiliation comme un but à atteindre. Mais l’épreuve ne semble pas déplaire à Arielle, prête à tout pour s’intégrer et bien montrer qu’elle n’est pas farouche. Et pourtant les expériences qui suivront révéleront les fragilités   d’une adolescente, sa dépendance maladive, et la faille qui la relie à l’histoire familiale. 


C’est toute la difficulté de la notion de consentement, dont dépend l’accusation de viol, qui transparaît dans ces lignes. Au point que cette conscience d’avoir été une victime peut ne pas être évidente au moment des faits et ne ressurgir que des années plus tard. Ce qui pose aussi le problème de la prescription qui protège les coupables.


Thème très actuel depuis quelques années, ici développé sans dénonciation ciblée, d’autant que le récit se veut être une fiction. 


280 pages Harper Collins 24 Août 2022








 Je ne sais pas ce qui m'a pris de me mettre en robe. C'est comme si des serpents vicieux susurraient sur mon passage, à croire que ces mecs n'ont jamais vu les jambes d'une fille. En référence au discours de la semaine dernière, certains m'ont même lancé « alors, tu gères ? ».


*


Je ronge mon frein en essayant de ne pas exploser. Elle n'a pas 17 ans et envisage de dormir chez des amis, peut-être un garçon. 

Comment éviter le pire ? Comment éviter qu'elle se précipite naïvement dans les bras du premier venu ? Qui ne manquera pas de l’abuser, cette belle confiance toute neuve. Comme la mienne quand je me suis précipitée dans les filets de François.







Agnès de Clairville est née en 1968 en Normandie et vit aujourd’hui à Marseille. Scientifique de profession, elle a d’abord travaillé la photographie avant de se dédier à l’écriture. La poupée qui fait oui est son premier roman.

Presque le silence ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Julie Estève

















Elle a onze ans et c’est auprès de Pépé Jean qu’elle apprend la pêche, l’histoire de sa famille et l’histoire plus lointaine dont les remous ont aussi atteint ses proches. Ces interludes heureux mettent à distance les sarcasmes de ses congénères, focalisés sur sa chevelure flamboyante. Jusqu’à l’humiliation ultime, la honte de voir son amour pour le beau Camille brandi comme un étendard pour mieux l’anéantir. 

La fin de ce bonheur gardera un goût de croissant frais, alors qu’une prédiction funeste viendra assombrir le cours de sa destinée. 


Les années passent et si la chrysalide s’est transformée en un splendide papillon, l’oracle est là et influe sur tous le choix de la jeune femme, pour conjurer le sort :


« Le monde s’effondrera en 2023, l’été de tes quarante deux ans »


Le monde s’effondrera, l’expression est suffisamment ambiguë pour que la menace englobe à la fois la destinée de l’humanité (le premier chapitre apocalyptique avait déjà mis le doute) et le sort unique de Cassandre. Pour la jeune femme, le danger est omniprésent, et nécessite une veille permanente. 



L’angoisse créée par la prédiction et les états des lieux ponctuels signant la dégradation de la planète, confèrent au roman un rythme particulier, qui l’apparentent au genre thriller. La qualité de la narration et de la construction sont remarquables, la dynamique du récit, comme une respiration qui s’accélère pour oxygéner un corps en pleine course éperdue, est impressionnante. 


C’est un récit hypnotisant et convaincant. 


208 pages Stock 12 janvier 2022

Sélection POL 2022





Quand les gens s'arrangent avec un mort et qu'ils improvisent une fin pourrie, c'est que le mort s'est pendu ou balancé dans le vide. Les suicides se rangent dans les placards de famille.


Il est tard dans le monde et le soleil écrase les mers, la vie, les montagnes. Les forêts sont noires, rouges, mortes. Tout est fondu, désolé. Les paysages perdus. L'océan est un bain de plastique et de méduses. Température de l'eau, trente-huit degrés. Les hommes ont disparu, rayés.



Je lui annonce que je m'en vais, que je quitte la France pour une petite île espagnole. Samuel arrête de bouffer le chorizo, ses joues deviennent rouges, puis exactement pareil qu'un bébé ses yeux se chargent d'eau. Je me mets à chialer aussi et nous voilà trempés, au bord de la terrasse du bar, à nous dire au revoir comme au théâtre, comme on peut. Il dit : tu es la seule personne hormis mes parents et mes chiens –et encore pas tous– qui s'est vraiment intéressée à moi. Cette précision canine transforme la nature de nos pleurs. La peine devient un fou rire exagéré qui me tord le bide.





Née en 1980 Julie Estève est journaliste spécialiste d'art contemporain. 



Article le plus récent

Aqua ⭐️⭐️⭐️⭐️⭐️

Articles populaires